Gilets jaunes : éborgnés, mâchoires fracassées, coma…

L’accumulation de blessures graves causées depuis deux mois lors de la répression des manifestations nourrit la colère et le ressentiment contre le gouvernement français et la police, contrainte d’appeler ses forces à davantage de prudence.
En cause, en particulier, les lanceurs de balles de défense (LBD) qui projettent des balles de 40 mm de diamètre jusqu’à 50 mètres de distance et ont causé de graves blessures à la tête et aux yeux – une quinzaine de personnes ont perdu un oeil depuis le début du mouvement social contre la politique fiscale d’Emmanuel Macron.
Pour cette raison, le défenseur des droits Jacques Toubon – autorité administrative indépendante chargée de défendre les droits des citoyens – a réclamé jeudi la suspension de ce type d’armes.
Dans le centre de Bordeaux (sud-ouest), deux manifestants « gilets jaunes » ont vu leur vie basculé presque au même endroit à cinq semaines d’écart. Mi-décembre, Jean-Marc Michaud, un horticulteur quadragénaire de Charente-Maritime (ouest) a eu le côté droit du visage défoncé par une de ces balles de caoutchouc semi-rigides projetées à plus de 300 km/h qui lui a emporté l’oeil droit.
Samedi, Olivier Béziade, un pompier volontaire de Bordeaux, père de trois enfants, a été atteint à la tempe : il est hospitalisé depuis, inconscient.
Selon une source policière, au moins cinq personnes ont été gravement blessées pour la seule journée du 12 janvier, « vraisemblablement » victimes de LBD.
Le gouvernement déplore près de 2.000 blessés en deux mois côté manifestants et 1.000 chez les forces de l’ordre, sans plus de précisions. Mais en face, des sources s’alarment de « mutilations en série », inédites à ce rythme depuis des décennies en France.
Une collectif militant « Désarmons-les », et un journaliste indépendant, David Dufresne, ont ainsi recensé près d’une centaine de blessés graves, principalement par des tirs de LBD, dont une quinzaine ont perdu un oeil.
Selon les manuels d’instruction, les forces de l’ordre ne doivent recourir aux flash-balls qu' »en cas d’absolue nécessité » et « de manière strictement proportionnée », ne pas tirer au dessus des épaules, ni à moins de dix mètres de la cible… et prendre soin d’éventuels blessés.
Mais ces règles sont loin d’être toujours respectées à voir des vidéos qui inondent les réseaux sociaux, nourrissant la colère contre le gouvernement et les forces de l’ordre.
Sur celles montrant le tir qui a atteint Olivier Méziade, le policier fait ainsi feu à hauteur de tête vers un groupe de « gilets jaunes » apparemment en fuite.
Le gouvernement soutient cependant sans ciller ses forces de l’ordre. « Je n’ai jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant », affirmait cette semaine le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. « Le gouvernement est dans le déni, ça ne fait qu’attiser la colère », regrette David Dufresne.
Le patron de la police nationale, Éric Morvan, a toutefois rappelé cette semaine dans une note à ses troupes que l’utilisation du LBD devait être proportionnée et que « le tireur ne doit viser exclusivement que le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs ».
Depuis le début du mouvement, la « police des polices » (IGPN), a reçu plus de 200 signalements de violences policières. Ces dernières années, seule une poignée de policiers ont écopé de prison – avec sursis – pour des tirs de LBD jugés abusifs.




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