Aux Etats-Unis, le massacre de Christchurch réveille les démons du cycle de fusillades et de la droite radicale

L’effroyable massacre par un suprématiste blanc d’une cinquantaine de personnes, dans deux moquées en Nouvelle-Zélande, a résonné à travers le monde suscitant horreur et consternation. Aux Etats-Unis, l’onde de choc a été particulièrement forte.

Le pays, qui peine à réformer sa législation sur les armes, est régulièrement endeuillé par des tueries de masse. L’idéologie néo-fasciste, dont se réclame l’auteur de l’attentat de Christchurch, vit ses heures de gloire galvanisée par une rhétorique politique dure dopée par les réseaux sociaux.

Dans son “manifeste” islamophobe et anti-immigrés, le terroriste australien qui a tenu à diffuser en ligne en direct les images de son carnage pour s’assurer une publicité maximale, a notamment rendu hommage au président américain Donald Trump.

Le locataire de la Maison blanche, à l’image de la classe politique US et des leaders religieux, a condamné sans ambiguïté “l’horrible massacre dans des mosquées” et dénoncé la perte “insensée” de tant de vies humaines.

Cette référence à M. Trump, présenté par le tueur comme “symbole de l’identité blanche renouvelée et d’un objectif commun”, a suscité de vifs échanges sur les plateaux de télévision entre hommes politiques et experts. Elle a aussi donné lieu à une pléthore de commentaires et d’analyses dans la presse écrite US qui a abondamment évoqué la globalisation inquiétante du danger des suprématistes blancs.

Pour beaucoup, le débat autour du phénomène migratoire et de la place des minorités, des thèmes qui semblent nourrir cet acte barbare, est plus que jamais polarisé et explosif.

L’auteur de l’attentat en Nouvelle Zélande se réclame de la théorie conspirationniste du “Grand remplacement” qui se fonde sur une supposée invasion du monde occidental par les “non-Européens”.

Dans bien des pays occidentaux, le discours de haine fait désormais partie de la rhétorique politique permettant, de plus en plus, à l’extrême droite de rendre le racisme acceptable.

Aux Etats Unis, les nationalistes blancs, les néonazis et les militants et sympathisants de l’”Alt-right”, (droite alternative), donnent de la voix. Ce mouvement de droite dure qui prône la supériorité des Blancs sur tous les autres êtres humains, est notamment incarné par le suprématiste Richard Spencer qui a organisée en 2017 le rassemblement de Charlottesville émaillé d’incidents meurtriers.

Pressé par la presse au sujet de la responsabilité du nationalisme raciste blanc, Donald Trump a minimisé l’idéologie de la suprématie blanche. Elle n’est pas une menace répandue, selon lui.

La réalité est tout autre. Les attaques attribuées à ce mouvement sont en hausse partout dans le monde.

Les Etats-Unis ont enduré plusieurs actes de ce genre, dont la tuerie par un extrémiste blanc de 11 personnes en 2018 dans une synagogue à Pittsburgh, en Pennsylvanie. En 2015, neuf Afro-Américains ont été abattus par un homme blanc dans une église à Charleston, l’une des pires de l’histoire récente de ce pays en proie au problème endémique de la libre circulation des armes à feu à l’origine d’une affolante liste de tueries de masse.

Au Canada voisin, la haine viscérale des migrants musulmans animait l’auteur de l’attaque de la mosquée de Québec, en janvier 2017 qui a fait six morts et plusieurs blessés.

Pour Seth G. Jones du Centre d’études internationales stratégiques à Washington, la montée de la violence néonazie se nourrit de la phobie de l’immigration, d’une utilisation massive des médias sociaux et une interdépendance des réseaux extrémistes à l’échelle mondiale.

Les attaques terroristes contre les mosquées Al Nour et Linwood en Nouvelle-Zélande “ne sont que les dernières violences anti-musulmanes qui sévissent dans de nombreuses démocraties du monde entier”, explique Daniel L. Byman du think-thank Centre for Middle East Policy.

Le terroriste a cherché à “envoyer un message aux migrants musulmans selon lequel ils ne sont épargnés dans aucun endroit”, ajoute-t-il.

Parmi les enseignements à tirer, les analystes s’accordent surtout à relever la portée du discours politique.

“Les mots ont des conséquences. La diabolisation des communautés musulmanes, attribuée à des hommes politiques qui se montrent ensuite choquée et en colère lorsque la violence se produit, contribue à la polarisation de la société et inspire la violence”, estime Danuel L. Bryan.

Rashida Talib et Ilhan Omar, premières femmes de confession musulmane à être élues au Congrès américain, ont vigoureusement dénoncé le massacre perpétré en Nouvelle Zélande, en s’élevant vigoureusement contre la rhétorique dont il se nourrit.

“Je suis tellement en colère contre ceux qui suivent l’agenda de la “suprématie blanche” dans mon propre pays, et qui envoient à travers le monde, le message selon lequel de tels massacres sont une sorte d’appel à l’action”, estime la députée native de Detroit de parents réfugiés palestiniens.

Ilhan Omar, qui a fui la guerre en Somalie à l’âge de 8 ans pour s’installer en 1997 dans le Minnesota, a fustigé, quant à elle, “tous ceux qui ont contribué à répandre le mythe mondial selon lequel les musulmans sont une menace”.

Selon une étude réalisée en 2017, 3,45 millions de musulmans vivent aux États-Unis, soit environ 1,1% de la population totale.

Condamnant “la haine apparemment anti-musulmane et anti-immigrants” qui a motivé les attaques contre les deux mosquées à Christchurch, le Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) a appelé à ne pas partager, sur les réseaux sociaux, la vidéo des attaques mise en ligne par l’auteur de la fusillade.

“Nous pleurons les meurtres déchirants d’hommes, de femmes et d’enfants réunis pour prier dans leurs lieux de culte et exhortons les dirigeants de notre pays et du monde entier à dénoncer, avec force, la haine grandissante anti-musulmane et anti-immigrée qui semble avoir motivé ces suprématistes blancs terroristes”, a déclaré le directeur exécutif du CAIR, Nihad Awad.

La globalisation de l’extrémisme de droite interpelle aussi, selon les analystes, les services de sécurité et de renseignements appelés à allouer une partie des ressources de la lutte anti-terrorisme pour contrer ce mouvement violent.

Ultra connectés, les tenants de cette idéologie se servent des réseaux sociaux pour propager leurs idées racistes et xénophobes, organiser des voyages pour prendre part aux manifestations, coordonner des formations et entraînements, et autres événements, mobiliser des fonds, recruter de nouveaux membres…

Vu la diffusion à une large échelle des images du carnage de Christchurch, les média sociaux sont pointés du doigt. Leur responsabilité est pleinement engagée.

La toile a offert l’effet multiplicateur au massacre en direct à Christchuch. Comme le terroriste australien, les tenants de l’idéologie raciste violente sont actifs surtout sur les média sociaux. Ils arrivent à y atteindre une très large audience pour justifier leurs actions et surtout propager leurs convictions.

Pour les experts, les contenus stockés et diffusés sur ces plateformes doivent être davantage surveillés dans le cadre d’une coordination globale entre agences gouvernementales et secteur privé, dont les géants du net. Il y va de l’impératif de contenir les discours haineux qui inspirent le terrorisme en tout genre.




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