Bloquée à Bouskoura : La cargaison des déchets italiens menace la nappe phréatique

L’affaire des déchets italiens, qui avait secoué le département de l’environnement en juillet 2016, ressort des oubliettes. C’est la Chambre des conseillers qui a remis sur la table ce dossier avec un rapport réalisé par une commission d’enquête parlementaire. Visiblement, l’importation des déchets non dangereux se fait sans fondement juridique. En effet, le décret fixant la liste des déchets pouvant être importés n’a pas encore été publié au Bulletin officiel.

Le plus étonnant est que le gouvernement n’a pas encore donné son feu vert pour procéder à l’incinération des 2.500 tonnes de déchets importés de l’Italie. Par conséquent, ces ordures sont bloquées dans une zone de stockage ne répondant pas aux normes requises. Ainsi, la commission d’enquête parlementaire met en garde contre l’impact de ce stock sur la qualité de l’air et de la nappe phréatique. D’autant plus que le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE) affirme ne pas avoir été sollicité par le gouvernement pour analyser la cargaison réceptionnée en 2016. En fait, la sollicitation du LPEE n’est pas une obligation, comme le rappellent des responsables auditionnés par les conseillers. Et même quand il est sollicité par les cimentiers, les études et rapports livrés par ce laboratoire ne sont pas suivis d’opérations de contrôle devant être ordonnées par le département de l’Environnement. Dans le cas de l’affaire des déchets italiens, le LPEE a été sollicité par le ministère de l’Intérieur qui a également mené une enquête sur ce dossier et dont les résultats n’ont pas été publiés à ce jour. En l’absence d’informations officielles, la commission d’enquête rapporte le témoignage d’un cimentier qui affirme que les déchets importés de l’Italie ne présentent aucun danger ni sur l’environnement ni sur la population. Elle indique également que la suspension de l’importation de déchets au lendemain de cette polémique a causé des pertes économiques aux unités industrielles qui les utilisent. Ce qui a d’ailleurs poussé le gouvernement à revenir sur la décision de suspension sauf pour les ordures RDF.

Par ailleurs, des témoins cités dans le rapport se sont interrogés sur le sort des 6 millions de tonnes de déchets solides que le Maroc produit chaque année et dont 340.000 sont jugés dangereux. Les espaces dédiés au brûlage de ces déchets restent méconnus. Or, le rapport indique qu’aucune cimenterie ne répond aux exigences en matière d’incinération. De plus, le rapport déplore le manque de moyens logistiques mis à la disposition de la police de l’environnement. Sachant que ce corps ne comprend que 70 inspecteurs au niveau national. A eux seuls, ils ne peuvent pas accomplir les tâches de suivi et de surveillance avec l’efficacité attendue, déplore-t-on.

Ainsi, la commission appelle le gouvernement à prendre une décision urgente et claire sur la cargaison bloquée dans la zone de stockage à Bouskoura. Parallèlement, elle recommande à l’Exécutif de doter le LPEE de ressources humaines spécialisées dans le domaine de l’environnement, tout en mettant à sa disposition des moyens logistiques adéquats. La lutte contre l’informel dans le domaine de la valorisation des déchets est également attendu.




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