Casablanca, une passion de Youssef Lahrichi

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Le jeune Marocain Youssef Lahrichi dont Les Rêveries urbaines sont exposées sous une tente au musée national du Mali, offre une œuvre simple et sans emphase, onirique et poétique, qui fut présentée en 2014 à la Fondation Alliances à Casablanca.
Profitant des rares moments d’accalmie dans le tumulte de la capitale économique, ce photographe de 29 ans se saisit de son appareil pour immortaliser d’exceptionnels tête-à-tête avec Casablanca, dans des mises en scènes audacieuses. Avec la ville pour décor, Youssef Lahrichi crée des scènes dont il est le seul acteur et active son retardateur pour savourer ainsi, le temps du cliché, un instant privilégié où le Casablanca de son quotidien laisse place au Casablanca de ses fantasmes.
Initiée en 2013, cette série de onze photos sonne comme une autobiographie pour ce jeune banquier de la BMCE. Pour raconter son sentiment d’attraction-répulsion avec la ville de Casablanca, où il s’est établi en 2010, le natif de Fès a choisi un moment particulier, la rupture du jeûne lors du Ramadan, lorsque les rues de cette ville engorgée se vident et où le photographe peut poser son trépied en toute liberté.
Un moment de communion familiale et amicale, qui renforce encore plus la solitude du nouvel arrivant dans une capitale économique où, ignorant les codes, il se retrouve lost in translation. Chaque photo illustre sur le mode allégorique un chapitre de sa rencontre avec cette bouillonnante cité : son arrivée après des études d’ingénieur et un master de finance, sa recherche d’appartement puis d’un emploi, le mal du pays… On le découvre allongé sur le sol, enveloppé d’une couverture banche sur l’avenue longeant l’hôtel Hyatt.
Un autre cliché le présente assis en costume en pleine rue, en train de coucher ses pensées à la lumière de la bougie, visiblement nostalgique. Pour réaliser ces saynètes, le jeune homme ne dispose que de trois à cinq minutes avant que la nuit ne tombe. « Je n’ai plus que dix secondes pour prendre la pose entre le clic et le déclenchement », explique-t-il. L’exercice est rendu encore plus compliqué par sa propre pratique du jeûne.
« Je dois vraiment tout bien conceptualiser avant, préparer la composition et les accessoires, parce qu’après une journée sans boire ni manger je suis esquinté », sourit-il. Depuis, Youssef Lahrichi s’est engagé dans une nouvelle série mettant en scène sa propre mort. Une manière d’exorciser l’avenir après avoir purgé le passé ?




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