Education nationale : Intégration progressive des TIC dans le cursus de l’enseignement de base

La mise en œuvre des mesures prioritaires élaborées par le ministère de l’Education nationale a commencé. C’est ce qu’indique le ministère par communiqué. Les élèves des quatre premières années de primaires sont notamment concernés. Le plan consiste à installer chez ces jeunes des capacités de base. Sont concernés l’écriture, la lecture, les mathématiques et l’ouverture. Ces compétences sont à déployer dans les matières suivantes: les langues, les mathématiques et les sciences, l’éveil social et l’ouverture. En ce qui concerne les langues, l’amazighe, l’arabe et le français, ils seront enseignés dès la première année de primaire, de manière progressive. A titre d’exemple, en première année, les élèves auront deux heures de français par semaine, puis trois en deuxième, et cinq en quatrième et cinquième. A noter que l’anglais devrait rejoindre ces trois langues dans l’enseignement primaire, dans un second temps, d’ici 2030.
Par ailleurs, les technologies de l’information et de la communication seront intégrées transversalement dans le nouveau cursus. « Dès qu’une occasion se prêtera, lors d’un cours, à l’utilisation des TIC, les enseignants pousseront les enfants à la saisir », a déclaré une source officielle à Médias 24.
Concrètement, dans chaque région, au moins un établissement adoptera, au retour des vacances de novembre (vacances mi-semestrielles), le nouveau système qui contiendra des programmes scolaires modifiés. Au maximum, 10% des écoles de chaque délégation l’adopteront. Le ministère assure qu’il veillera à une répartition à la fois urbaine, rurale, et périurbaine de ces institutions. A la fin de l’année scolaire, une évaluation sera réalisée, apprend t-on de source ministérielle. « En fonction des résultats du bilan, on décidera d’élargir voire carrément de généraliser le programme et la méthode. »
Pour la méthode, tout d’abord, elle consiste à un allègement des horaires de cours. « On passe de 30 à 24 heures de cours. Cela va permettre aux enseignants de se former et de se faire accompagner par du coaching. Le ministère va désigner, incessamment sous peu, des enseignants coachs qui formeront leurs collègues. Les élèves, eux, auront accès pendant ces six heures à du soutien scolaire. » Autre apport pour les enseignants, d’après notre source : ils auront une marge de manœuvre plus importante pour développer leurs propres initiatives pédagogiques.
Quant au programme même, dont le contenu est lui aussi allégé, il a été établi « en concertation ». « Nous l’avons conçu avec les enseignants et les inspecteurs à partir de leur expérience de terrain. On a rendu une première version publique pour que les professionnels de l’enseignement y apportent des remarques. Il a donc été affiné. »
Pour déterminer plus précisément le contenu des cours, le ministère s’est penché sur les systèmes éducatifs du monde entier, selon notre source. « Nous avons étudié des systèmes européens, asiatiques, nord-africains et même américains. Au final, nous avons surtout tenté d’harmoniser le contenu des curriculums aux tests d’évaluation internationaux tels que le TIMSS ou le PEARLS parce que jusqu’à présent, les enfants marocains n’ont jamais bien réussi lors de ces examens. Les faibles scores étaient dus en grande partie au fait que le curriculum marocain ne correspondait pas à celui que les élèves devaient maîtriser pour ces tests. »
Les mesures 2015-2030, dont participe cette mise en place au niveau des quatre premières années de primaire, interviennent alors que le ministère fait souvent l’objet de remarques négatives.
Par exemple, au niveau du primaire en général, les objectifs stratégiques évoqués précédemment par le ministère prévoient notamment de généraliser l’enseignement primaire aux enfants de 6 à 11 ans. Spécifiquement, le ministère ambitionne, à terme, de permettre à 90% des élèves inscrits en première année primaire de parvenir en fin d’école primaire. Il se donne également pour but de réduire le redoublement et l’abandon, entre autres. Ainsi, notant que l’enseignement primaire se généralise, le ministère compte, comme écrit sur son site web, achever sa couverture en milieu rural et périurbain, redéployer ses ressources humaines, améliorer sa rentabilité « interne », et assurer « des sources de financement, dont celles partenariales » pour faire face aux « besoins immédiats ».
En ce qui concerne ces sources de financement, des partenariats publics-privés devraient voir le jour. L’Etat mettrait, dans un avenir proche, des locaux publics à la disposition d’un réseau d’écoles privées. Des critiques se sont déjà élevées pour dénoncer un renforcement de l’enseignement privé, auquel toute la population n’a pas accès de manière égale. Il y a deux ans, l’ONU jugeait par ailleurs le poids de l’enseignement privé au Maroc préoccupant.
Autre critique : alors que la stratégie 2015-2030 est abordée par les autorités, certains se demandent quand sortira l’évaluation des mesures antérieures à cette initiative.
L’éducation nationale se fait aussi critiquer pour ne pas avoir apporté davantage de soutien aux populations des zones enclavées, et ce malgré le succès du programme Tayssir lancé par le ministère en 2008. Rappelons que ce programme a significativement réduit l’abandon scolaire et favorisé la réinsertion en fournissant une incitation financière aux parents pour que ceux-ci veillent à la scolarisation de leurs enfants. Nonobstant cette réussite, des associations affirment que beaucoup reste encore à faire à l’heure où environ un tiers de la population demeure analphabète. Elles plaident pour le développement d’infrastructures et de moyens de transport dans certaines zones rurales où encore beaucoup de jeunes filles quittent l’école dès l’âge de 12 ans, selon ces organismes.
Les autorités misent gros sur la vision stratégique 2015-2030 qu’elles souhaitent mettre en œuvre « graduellement », à l’heure où des organismes internationaux se déclarent préoccupés par l’état de l’éducation nationale. D’après un rapport de la Banque africaine de Développement (BAD) datant de 2010, celle-ci reconnaît que le ministère a réussi, entre 2000 et 2010, à agrandir la proportion de la classe d’âge qui atteint la sixième primaire (de 59,6% à 90,3%). Similairement, la proportion de la population qui atteint la dernière classe du premier cycle secondaire passe de 35,1% à 62,5%, alors que le taux d’accès en classe de terminale a atteint 33,9%, contre 15,7% en 2000.
Mais elle nuance tout de même en déclarant que « la qualité des acquis des élèves reste faible par rapport à ce qui est observée dans d’autres pays, aussi bien pour l’enseignement primaire, que pour le premier cycle de l’enseignement secondaire », et ce malgré « un volume important de ressources publiques pour le secteur de l’éducation ».
En 2010 encore, l’Unesco soulignait plusieurs défis auxquels le système éducatif devait encore faire face. Parmi eux, on retrouvait l’accès incomplet et inéquitable à l’éducation de base, la faible qualité et pertinence des apprentissages, la faible efficacité interne et externe du système, la gestion manquant de stratégie. Ces défis sont bien ceux ciblés par le ministère dans les mesures annoncées dernièrement.

A.E.A




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