Éric Dupond-Moretti : « La présomption d’innocence existe de moins en moins »

L’avocat pénaliste s’inquiète de ce qu’il estime être un virage « insupportable » dans le traitement judiciaire, avec une surenchère médiatique et des droits de la défense en déclin.

 

À 56 ans, dont trente d’exercice, Éric Dupond-Moretti, a obtenu 138 acquittements, lui valant le surnom d’Acquitator. L’avocat pénaliste, l’un des plus connu en France était l’invité de l’émission « Il n’y a pas qu’une vie dans la vie » à quelques jours de la sortie de l’ouvrage « Le dictionnaire de ma vie ». Pour Europe 1, il est revenu sur sa vision de la justice.

« L’éloquence ne suffit pas ». L’été de ses 15 ans, Éric Dupond-Moretti a su qu’il deviendrait avocat. On est alors le 28 juillet 1976. A la radio, il entend que Christian Ranucci va être guillotiné. « Je suis révolté par cette exécution. C’est ce qui m’a décidé à devenir avocat. Ça m’est tombé dessus. » Il termine ses études en fin de classement du barreau de Lille mais devient lauréat ex-æquo du concours d’éloquence. « L’avocat n’est pas un magicien. Si vous avez un mauvais dossier, l’éloquence ne suffit pas. Il est trop tard au moment où l’on plaide pour convaincre. Ce qui est convaincant, c’est le travail que l’on fait en amont, d’interrogation des témoins et de présentation des dossiers », assure-t-il. « La plaidoirie est importante, mais pas essentielle. Elle permet d’unir tous les éléments. Mais si le doute n’est pas déjà installé, je crois qu’on ne parvient pas à retourner une situation. »

« La défense plus interdite que jamais ». Le pénaliste avance la question qui prime dans un procès selon lui : « Y-a-t-il des preuves ou non ? Et s’il n’y a pas de preuve, on ne peut pas transiger avec ça. Ce qui distingue la barbarie de la civilisation, c’est la règle de droit », énonce-t-il. « Les victimes n’ont plus le droit de se venger aujourd’hui parce qu’on vit dans une société civilisée, démocratique, pacifiée. Donc on confère au juge la lourde tâche de juger. Si le juge, juge exclusivement sous l’angle de la compassion, alors ce n’est pas la justice qui est au rendez-vous. Bien sûr qu’humainement, le cœur des juges bat d’abord pour les victimes mais le procès pénal doit être aussi la possibilité pour l’accusé, quel qu’il soit, de pouvoir faire valoir en défense les arguments qui sont les siens. Or la défense est plus interdite que jamais. »

« Tout est sur la table médiatique ». L’avocat s’inquiète du récent virage qu’a pris la justice selon lui. « Les choses se sont aggravées depuis quelques mois. C’est devenu insupportable. On peut me reprocher d’être un avocat médiatique mais je n’interviens pas dans le cours des choses. L’affaire Merah, je n’ai pas dit un mot pendant les cinq ans d’instruction », ajoute-t-il, distinguant à l’inverse certaines affaires récentes, comme celles de Maëlys ou de Jessica Daval. « Les médias sont dans la surenchère. Tout est sur la table médiatique », dit-il, citant les interventions en plateau télé de policiers ou magistrats à la retraite « au sujet d’une affaire dont ils n’ont vu aucune pièce. » Même constat selon lui pour « des psychiatres qui expliquent la psychiatrie de celui qui n’est plus présumé innocent (…) On va tellement vite avec la présomption d’innocence aujourd’hui. Elle existe de moins en moins », s’alarme-t-il.

Éric Dupond-Moretti, adepte de la chasse au faucon

Depuis plusieurs années, l’avocat pratique la fauconnerie aussi appelée chasse de haut vol. Il explique détenir aujourd’hui un oiseau et pouvoir exercer sa passion grâce à l’aide d’un ami fauconnier. « Le faucon est habitué à celui qui le soigne. J’y vais le plus souvent possible le week-end avec mon faucon. Il me connaît et aussi mon ami avec qui il vole régulièrement. Ce n’est pas exclusif, pas une relation d’une fidélité absolue. »

L’animal revient s’il le veut, précise l’avocat. « Sinon, on dit qu’il dérobe ses sonnettes. Cela veut dire qu’il choisit la liberté. Ça n’est pas contraint la fauconnerie. Ce n’est pas un truc où on tient les oiseaux prisonniers. S’il veut partir, il part. Quand il revient, c’est qu’il a choisi librement de revenir vers son fauconnier. »




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