Le Maroc accélère le développement du Sahara

Construction de routes, aménagement des villes et des ports, création de parcs industriels, liaisons aériennes… Le Maroc veut accélérer le développement économique du Sahara occidental, sans attendre un règlement politique qui traîne depuis 43 ans dans les arcanes de l’ONU.

Signe de cette politique volontariste, le Maroc a organisé début novembre un grand « Forum d’affaires » à Laâyoune, la plus grande ville du Sahara marocain : le premier événement du genre.

« C’est une région très riche: il y a un grand potentiel dans l’industrie, la pêche, l’agriculture ou l’offshoring, on souhaite voir venir les investisseurs étrangers », a expliqué à cette occasion à l’AFP la secrétaire d’Etat au commerce extérieur, Rokia Derham.

Ce « Forum France-Maroc » visait à convaincre les entreprises françaises de « donner un nouvel élan à leurs affaires », dans une région considérée comme un « modèle de développement territorial ».

« Nous voulons pousser le développement et l’économie », a souligné le président de la région, Hamdi Ould Errachid, en ouverture de cet évènement qui a attiré quelque 200 entrepreneurs, dont une cinquantaine venus de France.

Objectif: mettre en avant « l’attractivité » de ce territoire situé aux portes de l’Afrique subsaharienne et les « opportunités à saisir » dans de multiples secteurs –construction, industrie, agriculture, pêche, énergies renouvelables, tourisme….

A un mois de la reprise des négociations politiques menées sous l’égide des Nations unies, l’initiative a suscité les hauts cris de l’Algérie et ses protégés du Front Polisario, qui a dénoncé le Forum comme un exemple de la « politique expansionniste hostile » du Maroc dans une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres.

Le Maroc, qui contrôle le Sahara et ses 1.100 km de façade atlantique, veut préserver son « intégrité territoriale » via un plan d’autonomie, soutenue par la majorité des nations membre de l’ONU.

Sur le terrain, un mur de sable érigé par le Maroc et une zone tampon surveillée par l’ONU séparent les deux parties depuis un cessez-le-feu signé en 1991. Bloqué depuis 2012, le processus de négociation mené par l’ONU doit reprendre les 5 et 6 décembre à Genève, en présence de la Mauritanie et de l’Algérie, comme partie prenante au Conflit.

« La question politique doit être réglée par les Nations unies (….), le développement de la région ne peut être lié », assure Rokia Derham.

Sur la même ligne, le Forum a éludé les aspects politiques pendant deux jours. « Une entreprise internationale s’installe là ou il y a des besoins », souligne Maha Hmeid, la directrice de l’antenne marocaine de la firme Weber, filiale du groupe Saint-Gobain, qui envisage d’ouvrir une unité, après Casablanca et Agadir.

Philippe-Edern Klein, le président de la Chambre Française du Commerce et d’Industrie au Maroc (CFCIM), co-organisatrice du Forum, « ne veut pas parler politique ». « On est là pour faire des affaires », dit-il en plaidant pour « le développement du Sahara « .

« Personne n’est dupe, tout le monde sait que ceux qui sont présents donnent un signal: il y a un enjeu politique », affirme toutefois Khadija Gamraoui, une élue locale française de droite (Les Républicains, LR), venue avec une association franco-marocaine.

« Les investissements, ça légitime », souligne-t-elle, en se disant « impressionnée » par les chantiers déjà menés.

Avec son immense bibliothèque, sa piscine olympique, son théâtre, ses terrains de sports dernier cri, ses esplanades ornées de fontaines et de palmiers, Laâyoune se veut la vitrine des investissements colossaux consentis ces dernières années par le Maroc-avec notamment plus de 49 milliards de dirhams (4,5 milliards EUR) prévus d’ici 2021 pour le seul plan de développement régional.

L’usine de traitement de phosphate exploitée par l’OCP –qui assure faire plus d’investissements que de profits dans la région– et le grand port de pêche voisin ont joué un rôle moteur.

Pour convaincre les entrepreneurs étrangers, Khalid Hatim, conseiller du président de la région, fait valoir que Las Palmas, la capitale des îles Canaries (Espagne), est « à 45 mn d’avion »: « c’est facile de s’y installer en famille et de faire la navette ».

Pour développer la ville de Dakhla, plus au sud, les autorités marocaines misent sur le tourisme, avec de grands événements comme l’étape annuelle du championnat du monde de kitesurf, ou le prochain festival international de la mode africaine.

 




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