Les topographes s’insurgent contre Al Omrane

Ali Dib

Le torchon brule entre les ingénieurs géomètres topographes (IGT) et le directoire du groupe Al Omrane, et ce qui était une simple crise risque de dégénérer en grand conflit. Les institutions représentatives des ingénieurs géomètres topographes haussent le ton avec le directoire du groupe Al Omrane. Et pour cause, les violations répétitives de la loi 30.93 relative à l’exercice de la profession d’ingénieur géomètre topographe.
Pour la première fois de l’histoire de leur profession le syndicat national des IGT (SNIGT) et l’ordre national des IGT(ONIGT) enterrent leur hache de guerre et font front commun. Ensemble, ils insurgent contre les agissements des filiales du Groupe Al Omrane qui constituent, selon eux, « à la fois une violation de la loi, de la Constitution, et sont une véritable menace pour leur profession ». C’est le syndicat SNIGT qui a ouvert les hostilités en adressant un brûlot au ministre de l’Habitat qui exerce le pouvoir de tutelle sur le groupe Al Omrane. Dans sa missive le président du syndicat SNIGT révèle des faits accablants sur les sociétés Al Omrane tout en précisant que c’est leur filiale de Casablanca qui a battu le record des anomalies et violations de la loi : dilapidation de plusieurs millions de dirhams de deniers publics, favoritisme, encouragement de l’exercice illégal de la profession d’IGT, infractions à la réglementation des marchés…etc.
Face à ses accusations graves, la riposte du directoire Al Omrane ne s’est pas fait attendre et une lettre explicative a été adressée au ministre de l’habitat. Dans cette lettre, signée par le membre du directoire, Tayeb Daoudi, toutes les accusations du syndicat SNIGT sont démenties en apportant des éclaircissements au cas par cas : Oujda, Marrakech et Casablanca.
Dans son plaidoyer en faveur du groupe Al Omrane, Tayeb Daoudi a justifié les actes reprochés à la société de Casablanca par l’inauguration royale, l’urgence…etc. Aussi dans le cas d’Al Omrane Casablanca ou il a été question de l’attribution d’un marché public de prestations topographiques à la société Bibaoune qui n’est pas agréé par l’ordre, la justification du membre du directoire c’était de brandir le dossier administratif et technique de soumission de la société Bibaoune en groupement avec une société d’un IGT au marché public en question (marché de restructuration du quartier Lahraouiyne nord).
Or, le corps des IGT a perçu cette dernière justification comme une insulte à leur profession ce qui a mis le feu aux poudres rendant la situation de plus en plus explosive. C’est d’abord le Conseil national de l’ordre qui réagit à cette justification en saisissant le directoire. Mais c’est le président du conseil régional de Casa-Settat, Mostafa El Ouakil, qui, par une lettre adressée au Groupe Al Omrane, donne le coup de grâce juridique à l’argumentaire du directoire Al Omrane. Il va plus loin en accusant carrément Al Omrane d’avoir fabriqué un dossier (administratif et technique) de soumission en groupement conjoint-solidaire entre la société Bibaoune (non agrée par l’ordre des IGT) et la société d’un IGT à l’insu de ce dernier. Il accuse aussi, le groupe précité, par démonstration quasi mathématique, d’avoir incité la société Bibaoune à exercer illégalement la profession d’IGT. Acte répressible et susceptible de sanctions pénales tant pour les personnes physiques impliquées que pour les personnes morales dont font parties les sociétés Al Omrane notamment la filiale de Casablanca. Le président appuie sa thèse en faisant étalage d’avis de la commission des marchés, et jongle avec les dispositions réglementaires du décret 2-12-349 relatif aux marchés publics premièrement pour montrer le tort qu’a commis Al Omrane et deuxièmement pour lui faire comprendre qu’une entité non agrée par l’ordre ne peut le devenir par le simple fait de se grouper en conjoint avec une personne agrée par l’ordre. Il termine en affirmant que le fait d’avoir payé une importante somme de deniers publics à la société Bibaoune, et d’avoir  fabriqué un faux dossier pour légitimer cet acte, constituent une infraction tombant sous la coupe de l’article 54 de la loi 62.99 formant code des juridictions financières et constitue également une transgression du décret royal 330-66 portant règlement général de comptabilité publique.
C’est dans ce sens qu’un membre élu du conseil régional Casa-Settat a tweeté que «Al Omrane a dépassé la ligne rouge, surtout que la sonnette d’alarme a été tirée depuis longtemps et des écrits de sensibilisation ont été envoyés par le Syndicat sans aucune réponse. Nous allons sortir à la presse et puis aller en justice pour défendre les intérêts de la profession, imposer le respect de la loi et contribuer à l’édification de l’état de droit.
Al Omrane à commis des crimes irréversibles envers les IGT et a une grande part de responsabilité dans la situation sociale critique des IGT. Ainsi, Al Omrane Marrakech octroi à un seul IGT des commandes de près de 7 millions de dhs et ignore complètement une cinquantaine d’autres les condamnant à la précarité. Comment voulez-vous que les jeunes restent dans le pays et n’immigrent pas s’ils n’ont pas accès à la commande publique. ». Ces déclarations laissent présager une escalade de tension entre le corps des IGT et le groupe Al Omrane.




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