Maroc: Amnesty appelle à la libération de Taoufik Bouachrine

Amnesty International a appelé mardi les autorités marocaines à libérer « immédiatement » le patron de presse Taoufik Bouachrine, condamné à 12 ans de prison ferme pour des agressions sexuelles qu’il a toujours niées en dénonçant un « procès politique ».

« Nous considérons que l’incarcération de Bouachrine est une affaire de liberté d’expression, c’est clair. Il paie au prix fort son droit d’exprimer pacifiquement des opinions critiques », a déclaré le secrétaire général d’Amnesty Maroc, Mohamed Sektaoui, au cours d’une conférence de presse à Rabat.

Amnesty s’appuie notamment sur un récent avis d’un groupe de travail du Conseil des droits humains des Nations unies stigmatisant une détention « arbitraire » et un « harcèlement judiciaire » sous-tendu par une insuffisance des preuves et des témoignages à charge – analyse que contestent les autorités marocaines avec virulence.

« Au regard de toutes les violations entravant substantiellement le droit à un procès équitable » dans ce dossier, la « mesure appropriée consisterait à libérer immédiatement M. Bouachrine et à lui accorder le droit d’obtenir réparation », estime l’avis publié en janvier par le groupe de travail sur la détention arbitraire.

« Les experts de l’ONU dont l’objectivité et l’honnêteté ne peuvent être mises en doute (…) ont émis un avis clair et tranchant dans cette affaire: ils considèrent que la détention de Bouachrine est arbitraire, il faut donc le libérer immédiatement », a souligné le représentant d’Amnesty.

La semaine dernière, le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar avait affirmé avoir découvert l’avis des experts « avec étonnement », en leur reprochant de négliger « les accusations des plaignantes » et de « confisquer leurs droits ».

« Comment un groupe de travail relevant du Conseil des droits de l’Homme peut-il se permettre d’appeler le gouvernement à intervenir dans des questions relevant des attributions du pouvoir judiciaire? », s’est-il indigné dans une déclaration relayée par la MAP.

La date du procès en appel de Taoufik Bouachrine, 49 ans, n’a pas été fixée. Le patron du quotidien indépendant Akhbar al-Yaoum avait déjà été condamné pour diffamation envers deux ministres. La conférence de presse d’Amnesty était organisée dans le cadre de la présentation de son rapport annuel sur la situation des droits humains dans la région MENA en 2018. Les conclusions des différents groupes de travail du Conseil des droits de l’Homme sont des recommandations non contraignantes.




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