PSG-Etoile Rouge de Belgrade, quand la Ligue des Champions réveille les démons du Maracana

Depuis l’effondrement de la Yougoslavie, sa carcasse sonnait creux dans l’anonymat du faible championnat serbe mais le retour de l’Etoile rouge en Ligue des Champions a réveillé le Maracana de Belgrade, au point de faire perdre leurs moyens aux stars de Liverpool.

Le Paris-SG va devoir venir chercher mardi sa qualification pour les huitièmes de finale de la C1, là où Liverpool a été défait 2 à 0. D’autres géants sont tombés dans ce stade vétuste de 50.000 places: Barcelone, Real Madrid, AC Milan, Arsenal… Mais c’était à l’époque glorieuse du grand Etoile Rouge, celui qui a remporté la Ligue des Champions en 1991.
Depuis, les « Delije » (Les « Héros »), bouillants supporteurs du « Zvezda », avaient, comme les « Grobari » (« Fossoyeurs ») de leur grand rival du Partizan, surtout fait parler d’eux pour leurs liens avec le monde criminel ou pour leur ultranationalisme, qui en a conduit beaucoup dans les rangs des milices paramilitaires serbes durant les guerres des Balkans des années 1990. Autant que la médiocrité du spectacle, c’est leur violence qui a vidé les travées du vieux stade.
Illustration de cette dérive, parmi les nombreuses peintures sur les murs du stade, le visage d’un supporteur accompagné de l’inscription « Justice pour Uros! » (« Pravda za Urosa »). En 2007, le « Delije » Uros Nisic avait grièvement blessé un policier en lui mettant un fumigène dans la bouche. Il a fait plusieurs années de prison, une condamnation considérée comme une injustice par ses camarades de travées.
Mais avec le retour en Ligue des Champions, le « peuple Zvezda » est revenu massivement au stade. Et il fait du bruit, au point de couvrir l’hymne de l’UEFA, sans que le volume sonore ne baisse jusqu’à la sortie du club. « Mamma mia ! », commente un supporteur de Naples, sur une vidéo du stade, qu’il a publiée lors de la visite de son club.
Chez les Belgradois, le Partizan peut rivaliser en popularité. Mais en Serbie (comme autrefois en Yougoslavie), l’Etoile Rouge règne. Ville du légendaire Dragan Dzajic, Ub (ouest) est par exemple acquise aux « Rouge et blanc ».
Créée après la Seconde guerre mondiale sur les cendres d’un ex-grand club de la capitale serbe, le FK Jugoslavija, l’Etoile Rouge était réputée être le club des classes moyennes de la ville, des citoyens parfois frondeurs, quand le Partizan était celui de l’armée.
« C’est autour de ce club que s’est, au fil des décennies, articulée l’identité nationale serbe », note le journaliste et écrivain spécialiste du football des Balkans, Mihajlo Todic. « L’académie des sciences, Politika (ndlr: le quotidien de référence) et l’Etoile Rouge sont les trois piliers de cette identité », plaisante-t-il.
Le nationalisme est assumé comme en témoignent la sympathie affichée pour Ratko Mladic par certains de ses supporteurs ou les « Kosovo je Srbija » (« Le Kosovo c’est la Serbie ») qui s’élèvent régulièrement des tribunes. Ceux qui descendent dans les entrailles du stade, dans sa salle d’entraînement de boxe par exemple, y trouveront des images glorifiant l’ancien chef des forces serbes de Bosnie, ainsi que Radovan Karadzic. Criminels de guerre pour les Occidentaux, ils sont des « héros serbes » pour nombre de « Delije ».
Ce nationalisme serbe ne date pas d’hier, même s’il était dangereux de l’exprimer sous Tito. Jamais, même durant l’ère yougoslave, un Albanais du Kosovo n’a joué à l’Etoile rouge, assure Todic. La venue du Croate Robert Prosinecki (1987-1991) était « déjà un grand pas en avant », poursuit-il.
L’emblématique entraîneur croate Miroslav Blazevic, a un temps exprimé le souhait de prendre en main le club. Mais « un Croate ne peut pas être aux commandes de l’Etoile Rouge », lui avait glissé un haut responsable du club à l’époque, Vladimir Cvetkovic.
L’effondrement de la Yougoslavie a été accompagné de celui du football serbe. Mais le groupe de supporters ultras « Delije », créé en 1989, est toujours resté l’un des mieux organisés d’Europe.
Il n’hésite pas à venir huer un adversaire étranger, quel que soit le sport. Quand c’est en basket, les pièces de monnaie volent vers le parquet…




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