Quand Blatter voulait prendre la poudre d’escampette

Jeudi 3 décembre, une nouvelle vague d’arrestations a été effectué à Zurich, dans le cadre de l’enquête sur la corruption organisée au sein de l’instance dirigeante du football mondial. Des arrestations menées par la police suisse à la demande de la justice américaine.

Ce sont des représentants des fédérations d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale qui ont été arrêtés, précise L’Equipe. Juan Angel Napout, président de la Conmebol depuis août 2014 et vice-président de la FIFA (depuis mars 2015) et Alfredo Hawit, président intérimaire de la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF), auraient notamment été interpellés, à en croire le New York Times.

Ces arrestations ont eu lieu alors que le comité exécutif devait réfléchir aux nouvelles réformes à mettre en place pour éviter de nouvelles dérives au niveau de la corruption.

Aucune preuve contre Blatter

Selon le journal suisse Handelszeitung, aucune preuve de corruption n’aurait été trouvée contre Sepp Blatter dans l’enquête menée sur le président de la Fédération internationale (FIFA), suite au paiement suspect de 1,8 million d’euros à Michel Platini en 2011. Dans sa dernière édition, le quotidien spécialisée français, L’Equipe, rappote qu’une source anonyme interne et proche de l’affaire, auraient mis les justices suisse et américaine sur une piste dont elles auraient été incapables d’étayer les soupçons à l’encontre du dirigeant helvète.

« Je ne suis pas le comptable de la Fifa », a-t-il déclaré. Dans une interview à la chaine publique allemande ARD, le président démissionnaire a rejeté les soupçons de corruption qui pèsent sur lui.

Suspendu jusqu’au 5 janvier par le comité d’éthique de la FIFA, Blatter s’est à nouveau présenté mardi 9 décembre comme «une personne honnête dont la confiance a été abusée», renchérit L’Equipe. Il a toujours nié être au courant de quelconques malversations au sein de son organisation, même si une autre enquête menée par le FBI, autour du scandale ISL dans les années 1990, tenterait de prouver le contraire.

Sepp Blatter a réagi à une cette enquête de la BBC selon laquelle le FBI américain examine des documents qui prouveraient qu’il avait connaissance des pratiques de corruption au sein de la Fifa et notamment dans le cadre du scandale ISL, une société de marketing sportif soupçonnée d’avoir versé 92 millions d’euros de pots-de-vin pour obtenir des droits de diffusion de plusieurs compétitions dans les années 1990.

« On ne peut pas me faire des reproches si je n’étais pas impliqué », dit l’homme qui a dirigé depuis 1998 la Fifa, une organisation planétaire qui transcende les Etats.

Blatter, qui est suspendu pour 90 jours jusqu’au 5 janvier, estime que l’insistance avec laquelle on s’acharne sur lui ressemble à « la vieille inquisition catholique ».

« Mon seul regret est de ne pas m’être retiré après le Mondial-2014. On me l’avait suggéré, particulièrement ma famille: arrête maintenant. Et j’aurais dû le faire », dit-il, précisant avoir cédé à la demande de « cinq ou six confédérations ».

Blatter, comme le président de l’UEFA Michel Platini, devrait être auditionné « entre le 16 et le 18 décembre » par la commission d’éthique de la Fifa, avec au coeur du dossier le 1,8 million d’euros reçu en 2011 par Platini de la part de Blatter, pour solde de tout compte pour un travail de conseiller achevé en 2002.

Nouvelle comparution de Blatter et Platini

Le porte-parole de la chambre de jugement de la FIFA a indiqué, ce lundi, que «Messieurs Platini et Blatter auront la possibilité de présenter leurs positions lors d’auditions prévues entre le 16 et le 18 décembre», a précisé l’organe dans un communiqué. Menacé de radiation à vie, le Français, qui a fait appel de sa suspension et l’a vu rejetée, s’est tourné vers le Tribunal arbitral du sport (TAS). Une décision devrait être rendue dans la semaine.

Les deux hommes sont suspectés de corruption après un paiement supposé déloyal, d’un montant de 1,8 million d’euros, effectué en 2011 par le président de la FIFA à l’intention de son homologue à la tête de l’UEFA.

Une procédure longue et compliqué

Dans un entretien accordé au site suisse, L’illustré, André Marty, chef de l’information du Ministère public de la Confédération helvétique, a déclaré que « les différentes enquêtes suivent leur cours. Il y a une somme d’informations très importante à analyser afin de pouvoir diriger nos recherches. Concrètement, traduits en unité de mesure informatique, les dossiers en notre possession représentent un volume d’environ 11 térabytes (ndlr: 1 térabyte = 1000 gigabytes). Le travail de débroussaillage est gigantesque. » Le responsable suisse ajoute que « La justice américaine enquête sur la corruption qui a sévi au sein de l’organisation alors que le MPC a ouvert des procédures pénales pour gestion déloyale et blanchiment. Ces enquêtes exigent de remonter les flux financiers, ce qui n’est pas toujours aisé. Nous avons dénombré environ 120 transactions douteuses, mais derrière chacune d’elles se cachent d’innombrables autres mouvements. Le peu d’empressement de certains pays à collaborer ou à répondre à nos demandes de commissions rogatoires ne facilite pas les choses. Lorsque des sommes d’argent sont parties de Suisse ou sont arrivées en Suisse, le rythme des recherches est bon. Mais quand la traçabilité nous mène exclusivement hors de nos frontières, les choses sont plus compliquées. De plus, les possibilités de recours dont disposent les personnes concernées ralentissent encore nos investigations. » A cet égard, il semble que plusieurs inculpés ou personnalités soupçonnées, dont Michel Platini, aient fait recours auprès du Tribunal pénal fédéral suisse dans le but d’annuler la demande d’accès à leurs comptes bancaires formulée par le MPC. A cet égard, le responsable d’information du département suisse de la justice avoue que les banques suisses collaborent étroitement avec la justice. « Elles ont conscience des risques importants qu’elles encourent au cas où elles entraveraient l’action de la justice. La collaboration fonctionne très bien. » En revanche, ajoute le MPC, « plusieurs pays ne répondent pas à nos demandes de commissions rogatoires. »

Face à la complexité des affaires, les premières inculpations, si elles ont lieu, pourraient ne pas intervenir avant quatre à six ans. Ce qui est énorme. Si l’on considère les possibilités de recours, cela portera sans doute le délai à dix ans ou même plus. La justice suisse a ouvert deux procédures pénales pour gestion déloyale et blanchiment. L’une contre X et l’autre à l’encontre de M. Blatter. « Cette dernière est notre priorité. Mais, je le répète, derrière ces deux procédures, il y a des dizaines de sous-enquêtes qui demandent beaucoup d’investigations et prennent énormément de temps. »

Le FBI ne lâche rien

Outre atlantique, la justice américaine parle d’un montant de 200 millions de dollars détournés aux fins de corruption.

Mais pour la justice suisse, l’importance des montants ne constitue pas une question centrale. Le MPC enquête sur des faits de blanchiment et de gestion déloyale au préjudice de l’institution, quel que soit le montant.




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