Qui est François Ruffin, le réalisateur de «Merci Patron !» ?

Fondateur du journal amiénois «Fakir», François Ruffin a théorisé un journalisme socialement engagé, aux côtés des travailleurs, qui s’invite dans les assemblées générales d’actionnaires.

Voilà que soudain, on parle dans les grands médias de deux anciens salariés d’Ecce, usine du groupe de luxe LVMH, et d’un «journal satirique» (dixit l’AFP) nommé Fakir. Avec son film Merci patron ! qui sort en salles ce mercredi, François Ruffin, fondateur et rédacteur en chef de Fakir, se retrouve sous les projecteurs, comme le premier aboutissement d’un parcours commencé au siècle dernier, et le début, espère-t-il, d’une nouvelle dynamique.

Inspiré aussi bien par Michael Moore que par Jean-Yves Lafesse, Merci patron ! (dont on peut lire la critique ici) s’assume comme un film de combat. François Ruffin y prend fait et cause pour Serge et Jocelyne Klur, qui confectionnèrent naguère des costumes de luxe siglés Kenzo et Givenchy dans une usine située à Poix-du-Nord (Nord). Ils le firent jusqu’en 2007, année où LVMH, propriété du milliardaire Bernard Arnault (première fortune de France), décida de délocaliser la plupart de ses activités textiles dans les pays de l’Est de l’Europe. A cette date, il restait 147 salariés (majoritairement des salariées) dans l’usine Ecce, qui perdraient toutes et tous leur emploi. «On nous a mises en concurrence avec les pays de l’Est. Mais on nous paye au Smic. On ne peut pas nous payer moins cher», disait alors l’une d’elles à Libération.

Né à Amiens, François Ruffin y fonde le journal de gauche (et pas vraiment satirique en fait) Fakir, «fâché avec tout le monde ou presque», en 1999, alors qu’il n’a, faisons le calcul, que 24 ans. L’année suivante, il entre au Centre de formation des journalistes (CFJ) de Paris, une prestigieuse école de journalisme qui assure certes de trouver du travail à la sortie mais contribue aussi, selon Ruffin dans son livre les Petits soldats du journalisme, à perpétuer un système de formatage de la production journalistique dans lequel aucune place n’est laissée à l’engagement politique et à la combativité contre le capitalisme. Il raconte en somme l’application concrète, à l’échelle d’une école de journalisme, des mécanismes déjà décrits par des sociologues comme Alain Accardo ou Pierre Bourdieu.

Combats

Parti de presque rien (un tirage de 2 500 exemplaires en moyenne en 2004, écrivions-nous, contre 140 000 exemplaires pour son dernier numéro, selon l’ours de la page 2), Fakir est devenu national en 2010, et paraît tous les trois mois. Entouré d’une dizaine de personnes, François Ruffin y publie des reportages, s’y engage auprès des travailleurs, et y élabore ses réflexions sur ce que doit être le mouvement social aujourd’hui. Son obsession : creuser des sujets comme le protectionnisme économique, dénoncer les trahisons de la gauche, traduire concrètement les idées élaborées par un économiste comme Frédéric Lordon (lequel fait d’ailleurs l’apologie de Merci patron ! à la dernière page du Monde diplomatique de février), et sortir des formules intellectuelles toutes faites dans lesquelles la gauche radicale se laisse parfois aller. Ruffin veut faire la jonction entre la petite bourgeoisie (qu’il assume incarner) et le monde ouvrier car, écrit-il régulièrement, pour qu’un mouvement social réussisse, il lui faut les urnes et la rue, comme en 1936 et «même en 1981». Régulièrement, Fakir s’édite en petit format pour accompagner des luttes et proposer des focus sur ses propositions politiques.




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