Vincent Abadie Hafez, l’un des fondateurs de la calligraphie urbaine, expose ses oeuvres à Marrakech

La ville de Marrakech abrite jusqu’au 2 novembre prochain à la galerie David Bloch, l’exposition « Hors sol » du plasticien français Vincent Abadie Hafez, l’un des fondateurs de la calligraphie urbaine.

Dans une chorégraphie à l’aisance virtuose, Vincent Abadie Hafez « Zepha » compose une partition rituelle délivrant la lettre de son carcan sémiotique pour n’en conserver que l’essence d’une esthétique, la portée transculturelle d’un signe. L’entrelace de caractères aux origines métissées structure une multiplicité de contrastes. Logique formelle et confusion des lignes, pragmatisme et gestuelle instinctive, le point d’ancrage s’incarne dans le mouvement et l’abstraction qui en émerge.

L’ensemble déploie une rythmique concentrée, dynamisée par des espaces réguliers, des respirations silencieuses parfois même insoupçonnées, révélant une oeuvre exigeante. Le geste est technique, légataire de pratiques calligraphiques ancestrales et s’enrichit d’une contextualisation urbaine, contrastante et inattendue mais tellement essentielle pour l’artiste.

La ville, entité désormais rompue aux expérimentations artistiques plurielles, propose une mise en scène parfois monumentale à cette écriture du ressenti. L’effet d’échelle fait honneur à l’une des composantes fondatrices du processus créatif: la régularité du geste, la constance du caractère, converti en symboles picturaux à intervalle fixe.

Ancrées dans un environnement de l’ordinaire, les fresques de « Zepha » tirent profit des ressources inhérentes à ce médium d’expression qu’il affectionne depuis ses débuts, grâce aux interactions spontanées qu’il provoque.

L’écrit conserve la trace, l’implantation urbaine en décuple la dimension éphémère. Ce paradoxe secondaire est exploité parallèlement à travers la création d’oeuvres « palimpsestes », nécessitant l’intervention du spectateur pour dévoiler la création de l’artiste, en éraflant une couche de latex apposée en sur-épaisseur.

L’usure, la dégradation, les stigmates du temps infligés à l’oeuvre, font dès lors écho à la pratique originelle de l’artiste, le graffiti, en procurant toutefois une réflexion implicite évoquant l’impact de l’homme sur l’espace et le temps et plus largement son rôle à jouer dans l’évolution des rapports interpersonnels dans les sociétés contemporaines.

« Dans une continuité et comme un écho de la dernière exposition +Urban Jealousy+ en 2017, je me suis fait architecte d’une cité moderne envahie par un flux binaire, transpercée d’ondes et d’algorithmes. Chef d’orchestre organisant les bruits sourds de fragments de lettres, ces proto-alphabets déformés par l’accélération que subissent nos ensembles urbains et leurs habitants, j’ai tenté d’arrêter sur la toile ce mouvement exponentiel et de fixer en peinture cette vitesse », explique l’artiste dans un communiqué.

« En résulte des œuvres sur toile où transparaît un chaos rempli de paradoxes, d’où explose la vitesse et le mouvement, à l’image d’une société globalisée et coupée du rythme lent de la nature, une cité en proie aux illusions d’un monde techno futuriste », a dit « Zepha ».

« A l’heure où l’ensemble de l’Humanité prend conscience qu’elle ne fait qu’un avec l’ensemble de la biosphère et du vivant, l’exposition « Hors-Sol » est une allégorie de cette accélération et interroge nos positions et trajectoires: mais où allons nous si vite? », a-t-il ajouté.

Soumettant un dialogue authentique entre la conservation d’arts ancestraux (calligraphie traditionnelle, gravure à l’eau forte, marqueterie) mis en relief par une approche actuelle et populaire, sa démarche fait sens dans la diffusion d’un héritage trans-civilisationnel, terreau fertile à la construction d’un avenir où il est permis de rêver, d’avoir foi en l’Homme et en son aptitude à dépasser les clivages.

Artiste nomade, il trouve reconnaissance et respect auprès des fondateurs de la calligraphie urbaine et prend part à des rendez-vous incontournables de la scène artistique internationale.

L’imbrication des caractères arabes et latins écrivent les prémisses d’une histoire collective, d’un langage atemporel, d’une abstraction à intérioriser. Nos alphabets si disparates soient-ils, détiennent une portée fédératrice, transcendant les origines de chacun. Calligraphier pour unir, l’oeuvre de « Zepha » est imprégnée de ses valeurs comme une incantation à l’universel, un humanisme contemporain induit par le pouvoir du signe, fondement commun des civilisations, révélé par un art dépassant toutes frontières, toutes altérités.

Né en 1977, Vincent Abadie Hafez est un artiste français qui vit et travaille à Toulouse. Il prend part au mouvement graffiti dès 1989, sous le pseudonyme de « Zepha ». Formé aux arts graphiques, il enrichit sa pratique en se consacrant à l’apprentissage des techniques calligraphiques traditionnelles, portant notamment son attention sur les interactions plastiques des styles orientaux et occidentaux.

Influencé par les travaux d’Hassan Massoudy et de Georges Mathieu, il développera un langage visuel singulier à travers ses recherches sur la déconstruction de la lettre et la portée transculturelle des signes.

Reconnu comme l’un des fondateurs de la calligraphie urbaine, il participe à la diffusion d’une esthétique nouvelle, en rupture avec les formes picturales jusque là explorées dans les écritures vandales.

Ses compositions abstraites, méthodiques et condensées prennent place dans l’espace public à travers des œuvres murales monumentales en Europe et au Moyen-Orient.

L’expression gestuelle et la notion de mouvement sont deux ancrages fondamentaux du processus créatif qu’il poursuit parallèlement dans son travail d’atelier. Reliant le formel au spirituel, son œuvre déconstruit les référents et se lit comme une source éclairante, éloge d’une pensée universaliste délaissée.




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