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A la Paris Games Week, le jeu vidéo africain cherche à se faire connaître

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A la Paris Games Week, le jeu vidéo africain cherche à se faire connaître

Armée d’un pistolet au coeur des paysages spectaculaires de Madagascar, Soa protège son village des voleurs de zébus: à l’image de « Dahalo », développé par un studio malgache, le jeu vidéo africain veut montrer son potentiel dans une industrie où il pèse peu, à l’occasion de la Paris Games Week.

« Nous voyons le jeu vidéo comme une tribune à la fois pour montrer nos compétences, véhiculer nos valeurs culturelles et faire connaître l’Histoire de notre pays », explique à l’AFP Matthieu Rabehaja, fondateur du studio Lomay qui développe « Dahalo ».

Ce jeu de survie, qui doit sortir l’an prochain sur PC, propose des missions permettant de comprendre la forte insécurité liée aux voleurs de zébus, les « dahalos ».

« Il y a une citadine qui découvre la situation, une fille de +dahalo+ et un militaire qui représente l’Etat », précise M. Rabehaja dont le travail très réaliste a reproduit fidèlement les paysages montagneux du sud de Madagascar.

D’autres développeurs du continent africain ont été invités à la Paris Games Week, temple du jeu vidéo qui ferme ses portes ce mardi.

Pio Jules Tchedou, développeur togolais, a créé dans son studio à Lomé « A boy in savannah », un jeu vidéo en 2D pour mobile, inspiré de Super Mario.

« Nous étions un petit groupe de grands joueurs et nous étions frustrés de ne pas être représentés dans le jeu vidéo », explique-t-il. « Nous voulons mettre en avant notre culture dans nos jeux vidéo, car on voit toujours des jeux de guerre ou inspirés de la mythologie grecque. Nous voulons apporter de la fraîcheur. »

Pio Jules Tchedou a cependant mis sur pause l’activité de son studio, pour se perfectionner en France sur le développement animé.

« On a fait notre jeu en achetant des tutoriels d’animation sur Internet. Nous sommes des autodidactes car il n’y a aucune formation de ce genre au Togo », regrette t-il.

Encore méconnus du grand public, les studios africains bénéficient, avec cette première participation au salon, d’une exposition non négligeable.

« L’intérêt de la Paris Games Week, c’est aussi de montrer des jeux qu’on a pas l’habitude de voir, de surprendre le visiteur. Et cela permet de donner de la visibilité à des créateurs du monde entier et notamment ceux qui n’ont pas facilement accès au marché européen », se réjouit auprès de l’AFP Emmanuel Martin, délégué général du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) qui organise le salon. « On espère que le succès du stand permettra de pérenniser et développer leur présence dans les années à venir. »

Le continent africain représente à peine 1% du marché mondial des jeux vidéo et ses développeurs se comptent à peine en dizaines.

Les investisseurs locaux sont loin de se bousculer et la plupart des jeux restent donc auto-financés ou payés grâce à d’autres activités des studios.

« Il y a un besoin d’éduquer le marché. Les partenaires africains voient encore le jeu vidéo comme un secteur pour les enfants uniquement », décrypte Sidick Bakayoko, créateur ivoirien de la société Paradise Games qui veut aider à la transformation de cette industrie en Afrique.

C’est dans ce but qu’il a lancé une émission de télévision hebdomadaire consacrée au jeu vidéo et diffusée sur la télévision nationale ivoirienne.

Une salle de jeux de 10.000 m2 va également ouvrir ses portes le mois prochain à Yopougon, un quartier populaire d’Abidjan.

« Face aux difficultés liées aux connexions internet et à leur coût, on a voulu faire cette salle pour permettre à tout le monde de jouer, pas seulement les privilégiés », explique Sidick Bakayoko.

Une partie sera dédiée à des ateliers de formation aux métiers du jeu vidéo.

En novembre, Paradise Games organisera la deuxième édition du Festival de l’électronique et du jeu vidéo d’Abidjan (Feja) où une dizaine de pays africains sont attendus. Deux fois plus que l’an dernier.

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