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Après l’affaire Khashoggi, Trump va-t-il laché « MBS »?

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Le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi a brusquement fait du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane un partenaire gênant pour Washington, qui gagne cependant davantage de levier sur l’ambitieux homme fort du royaume.

Le président Donald Trump s’était montré ravi de la consolidation du pouvoir de « MBS », comme ce jeune homme de 33 ans est surnommé. Le prince est par ailleurs proche du gendre et conseiller du locataire de la Maison Blanche, Jared Kushner, avec qui il échange régulièrement.

Mais après le scandale provoqué par l’assassinat de Jamal Khashoggi à l’intérieur même du consulat saoudien à Istanbul, Donald Trump a semblé s’être senti trahi.

Il a pris une première mesure de rétorsion en réaction à la mort du journaliste critique du palais, qui résidait aux Etats-Unis: la révocation des visas américains des Saoudiens impliqués dans l’affaire.

Dans une interview au Wall Street Journal, M. Trump a épargné le roi Salmane, 82 ans, mais a rappelé que le prince héritier était « en charge » des affaires courantes en Arabie saoudite.

« Donc, si qui que ce soit devait être impliqué, ce serait lui », a dit le président américain.

Et tout en défendant les ventes d’armes à Ryad pour des raisons financières, M. Trump a aussi jugé que sans les Etats-Unis, peut-être « l’Arabie ne durerait-elle pas très longtemps ».

Pour Martin Indyk, spécialiste du Moyen-Orient sous l’administration de Bill Clinton, M. Trump a tenté, au fur et à mesure que les Etats-Unis se désengageaient, de sous-traiter la stratégie politique dans la région à l’Arabie saoudite et à Israël.

Mais MBS a au contraire causé des problèmes à Washington, selon M. Indyk. Pas seulement concernant le meurtre de M. Khashoggi, mais aussi au Yémen, où les Etats-Unis apportent leur soutien à la coalition menée par l’Arabie saoudite dans la guerre contre les rebelles Houthis appuyés par l’Iran, rival de Ryad.

« Mohammed ben Salmane a besoin de Trump. Sa survie même dépend du fait que Trump travaille avec lui », dit M. Indyk, qui travaille désormais au Council on Foreign Relations.

« Nous avons donc l’occasion, si nous décidons de ne pas demander au roi de l’écarter discrètement, de nous asseoir avec lui et de dire +écoutez, ça ne peut pas continuer comme ça+ », poursuit-il.

« Mais je ne pense pas que Trump soit le moins du monde conscient de la nécessité de faire cela –encore moins de la manière de le faire– et je crains donc que Mohammed ben Salmane ne survive et ne continue d’aller sur la voie qui ne fait qu’avantager l’Iran et causer des problèmes aux Etats-Unis ».

Joseph Bahout, du centre de réflexion Carnegie, juge que le prince va devoir montrer qu’il est inflexible chez lui, en Arabie, mais qu’il fera face à « un chantage permanent » de la part de l’étranger.

« Ca va se faire de manière paradoxale, dans des directions très différentes. Si MBS survit à cette crise, reste au pouvoir et devient roi, il sera un monarque à la fois affaibli de manière permanente, mais aussi féroce », dit M. Bahout.

MBS pourrait ainsi tenter de montrer qu’il est un allié solide des Etats-Unis en adoptant une ligne encore plus dure contre l’Iran, l’ennemi numéro un de l’administration Trump, ou alors –un scénario moins plausible– en imposant des réformes libérales, poursuit le spécialiste.

Mais le prince héritier devra aussi composer avec la Turquie, qui a fait fuiter des informations sur le meurtre de Jamal Khashoggi et qu’il devra peut-être satisfaire.

Selon M. Bahout, le président turc Recep Tayyip Erdogan pourrait faire pression sur l’Arabie saoudite afin qu’elle rétablisse ses liens avec le Qatar, ou pour alléger la pression sur les Frères musulmans.

Gary Grappo, un ancien responsable de l’ambassade américaine à Ryad, affirme que le prince a consolidé son pouvoir à un degré tel qu’il est peu probable qu’il soit écarté, mais que les Occidentaux se méfieront de plus en plus de lui après la mort de M. Khashoggi.

« La tache sera très difficile à enlever des mains de Mohammed ben Salmane », estime M. Grappo, de l’université de Denver.

Quant à la possibilité que Ryad se dirige vers d’autres fournisseurs d’armes que les Etats-Unis, comme la Russie ou à la Chine, l’ancien diplomate en doute: « Je crois que la balance penche beaucoup plus en notre faveur, ce qui donne au président bien plus de levier pour gérer cette affaire qu’il ne l’a laissé transparaître ».

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