Culture : duperie dans les parages à Agadir

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Saoudi El Amalki

L’art en général et le cinéma en particulier s’est frayé un parcours retentissant, dans la capitale du Souss, depuis la belle époque des ciné-clubs, à l’actuelle ingéniosité du concept thématique, en passant par diverses expériences du cinéma Amazigh ou encore documentaire. Cette panoplie multiforme du septième art s’est constamment érigée en service de qualité, alliant les aspects artistique et intellectuel, dans le respect des règles de l’art, en matière de collecte des fonds et de crédibilité des prestations honorées. Cependant, une vilaine intrusion tente de se faufiler dans ce corps aussi sain qu’adulé par une multitude d’adeptes de l’art, durant plus de sept décennies.

En effet, il s’agit d’un nouveau festival qui fait son apparition, sous l’appellation peu explicite, « festival du film sur l’art » dont la première manche s’est déjà manifestée, l’année dernière, sans éclat ni impact sur la ville. La seconde manche se prépare, en ces temps-ci et se fixe comme date d’ouverture vers la mi-décembre, après maints reports. De prime abord, on s’interrogera sur la véracité de ce nouveau-né dont l’initiatrice fait le tour des bailleurs de fonds, avec sa chaise roulante, en vue de renflouer sa « gibecière » auprès des différentes institutions dont l’état de l’interlocutrice engendre, à coup sûr, «pitié et attendrissement». Sans aucun reproche à émettre par apport à cette attitude de collecte de fonds pour tenir un événement,
encore faut-il le faire dans l’intégrité et le loyalisme.

Or, on croit bien savoir que ce n’est pas le cas, dans ce canular bassement tendu aux sponsors tant publics que privés. A voir le catalogue mis déjà en circulation, au sein duquel il est prévu de « soutirer » la bagatelle de pas moins de 250 millions de centimes, on est visiblement face à un tour d’arnaque qui ne dit pas son nom. Jugez-en ! Tout d’abord, le lieu du festival n’est pas du tout précisé, ce qui implique que l’espace de cette «grandiose» rencontre importe peu, à seulement un peu plus d’un mois de la manifestation. Ensuite, on devinera sans grande peine l’indécision qui taraude le fait d’arrêter, une fois pour toutes, la date et le lieu puisque, l’initiatrice est beaucoup plus préoccupée par la collecte de fonds que par la mise en œuvre de l’épreuve.

En jetant encore un coup d’œil sur la brochure du festival, on notera sans se faire contredire, qu’il est question d’une « supercherie » qui n’a rien à voir avec la réalité. Comment pourrait-on prétendre programmer 8 longs métrages, avec un jury composé de 8 membres, en seulement moins de deux jours, puisque la première soirée se limitera uniquement à la cérémonie d’ouverture ? Cela relèverait de l’insensé voire de l’absurde que de croire à ses « sortilèges farceurs » ! Pis encore, le présumé festival suggère au grand public, seulement 2 courts métrages, avec un contingent de 6 membres de jury, vous vous rendez compte ! De même, le programme de cette « imposture » prévoit des documentaires, avec un jury de 8 membres, 4 films hors compétitions, des ateliers animés par les mêmes jurys, des excursions de moult sites de banlieues, d’une parade dans les artères de la ville, des conférences tenues par les mêmes artistes auxquels des hommages leur sont rendus, tels Touria Jabrane, Majda Roumi, Yousra, Abdelouahab Doukkali, Gad El Maleh…

Comment croire donc à la justesse de cette nuée de fragments programmatiques, en deux jours, si ce n’est de la pure « tromperie » ? Aucun spécialiste en la matière ne pourrait s’évertuer dans cet exercice titanesque pour deux jours, alors qu’il nécessite au moins dix jours, compte tenu de la diversité et de la consistance des modules proposés. Sachant aussi qu’on vient de procéder à des appels à candidature pour un événement qui a lieu dans un mois! Quel esprit rationnel pourrait croire à ces « fourberies »? Sachant que les organisateurs, par-dessus le marché, ont prévu un point de presse, en marge du festival ! D’autant plus que l’initiatrice compte organiser simultanément la troisième édition de « la foire international d’art contemporain ». Pour qui prend-elle les gens? Il est alors bien clair que cette opération juteuse sent le roussi, à voir l’effectif emphatique de cinéastes de haute notoriété mondiale, transposées sur la palette et les affiches, pour persuader et drainer les deniers publics et les opérateurs économiques, alors que le festival, de cette ampleur, n’a même pas pu arrêter la date et le lieu, d’une manière définitive. Les noms d’artistes de ce calibre, avancés sur la tablette du festival, sont-ils en chômage artistique et pourraient ainsi répondre aux appels des organisateurs quand bon leur semble ? Il y a sûrement anguille sous roche, dans toute cette mascarade ! Les sponsors sont alors prévenus de cette sordide facétie qui porte atteinte non seulement aux contribuables, mais pareillement à la noblesse de l’art !

 

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