ePrix de Paris : le sport automobile peut-il être écologique ?

Le quatrième ePrix de Paris a eu lieu le 28 avril 2019 autour des Invalides. Première course de Formule E sous la pluie, il a de nouveau été critiqué comme moins écologique qu’il ne prétend l’être. Nous faisons le point sur le podium de la course et revenons sur les reproches adressés à la Formule E. Alors, sport automobile et environnement, est-ce totalement incompatible ?

Source : https://www.fournisseur-energie.com/actualites/eprix-automobile-ecologique/

L’ePrix de Paris s’est tenu le week-end des 27 et 28 avril, sur son parcours habituel autour des Invalides. Il a été remporté par Robin Frijns (Virgin Racing) sous la pluie, devant André Lotterer (DS Techeetah) et Daniel Abt (Audi Sport Abt Schaeffler). C’était la cinquante-troisième course de Formule E et la première à s’être vraiment déroulée sous la pluie.

53 courses font de la Formule E une discipline récente. Pour rappel, l’ePrix de Paris est une course de voitures 100% électriques, lesquelles possèdent leur propre championnat sous l’égide de la FIA (Fédération Internationale Automobile). Mais elle est surtout l’un des symptômes d’un sport automobile en train de se transformer.

La course automobile n’a jamais eu bonne presse auprès des écologistes, et pour cause. Discipline emblématique du sport automobile, la Formule 1 est aussi réputée pour sa pollution. Il faut dire qu’une F1 actuelle consomme 100 kg de carburant par heure, débit maximum imposé par le règlement.

essence formule 1Ce règlement impose aussi une consommation maximum de 110 kg de carburant par course – et pénalise tout pilote qui ne respecterait pas cette limite. Au grand prix d’Azerbaïdjan, qui s’est lui aussi tenu ce week-end, Pierre Gasly (Red Bull Racing) a été exclu des qualifications pour avoir dépassé la consommation maximum autorisée.

Alors oui, c’est beaucoup ; mais c’est aussi déjà l’indice d’une relative prise de conscience : il y a quinze ans, un moteur de Formule 1 consommait jusqu’à 80 litres pour 100 km, pour environ 45 litres aujourd’hui. En réalité, la pollution d’une course automobile provient non pas des voitures elles-mêmes mais de toute l’organisation de l’événement.

Un grand prix revient à déplacer des milliers de spectateurs, ainsi que les pilotes, les mécaniciens, etc. Cela implique des trajets en camion, en avion, en voiture. Le sport automobile pollue, c’est un fait : une étude du cabinet Espere, agréé par l’Ademe, estime que le Grand Prix de Spa-Francorchamps émet 24 000 tonnes de CO2. Agir pour l’Environnement a rappelé l’an dernier que le rallye du Dakar représente 42 000 tonnes de CO2.

Le Dakar, un anachronisme ?

C’est ainsi que l’a qualifié Stéphen Kerckhove, délégué d’Agir pour l’Environnement. Il a notamment dénoncé une pollution des écosystèmes et des sites traversés qui ne se réduit pas aux émissions de CO2.

Avec la Formule E, le changement est peut-être en marche. Pourtant, est-il vraiment possible de faire rimer électrique avec écologique dans le sport automobile ? Et surtout, peut-on vraiment imaginer une course dont l’impact environnemental serait moindre… sans pour autant ruiner tout ce qui fait l’ADN de ce sport ?

La Formule E, poudre aux yeux écologique ?

La FIA a décidé de placer l’écologie au centre de ses priorités, mais ce n’est pas un changement facile. La Formule E a fait – et fait encore – l’objet de nombreuses critiques. Parmi les reproches ? Le bruit de son moteur électrique, qui ne plaît pas aux puristes de l’automobile. Chez les fans de Formule 1, l’engouement pour la Formule E a été difficile. Le lancement de la discipline a notamment été placé sous le signe des critiques sur les « voitures en plastique » et des moteurs qui feraient « moins de bruit [qu’un] aspirateur ».

Les pilotes, eux, ne s’y sont pourtant pas trompés : parmi ceux qui se sont alignés ce week-end sur la grille de l’ePrix de Paris, on comptait notamment Felipe Massa, fort de quinze (!) saisons en Formule 1 et vice-champion du monde en 2008. Mais il n’était pas le seul à avoir conduit une F1 plus tôt dans sa carrière : au total, ils sont 14 sur 22 à avoir été pilote titulaire ou d’essai dans une écurie de Formule 1. Dans le lot, Jean-Eric Vergne, Sébastien Buemi ou encore Stoffel Vandoorne.

Engagé chez Venturi pour la saison 2019-2020, Felipe Massa louait notamment le côté futuriste de la Formule E. Comme sa grande sœur, la discipline se veut être le fer de lance de la technologie automobile. Aujourd’hui, les voitures font toute la course sur la même batterie, lancées à 280 km/h – pas de quoi rougir, donc.

La présence de constructeurs automobiles comme Nissan, Audi et BMW va dans le même sens. Et pourtant, ils sont encore nombreux à critiquer la discipline. Côté sportif, Jacques Villeneuve, champion du monde de F1 en 1997, a déclaré que « Personne ne veut voir de courses de voitures électriques ».

Helmut Marko (Red Bull) a avancé que la Formule E était une « excuse marketing ».

Et du côté écologique, alors ? Là aussi, le débat fait toujours rage. Candidat à la mairie de Paris, Benjamin Griveaux a été l’auteur d’un tweet particulièrement virulent dans le cadre de l’ePrix de ce week-end. Il entend mettre fin à la course s’il devait être élu, arguant qu’il s’agit d’une « aberration écologique » et pointant notamment du doigt le côté éphémère du circuit parisien, qui impose que soient versés quelque 9 000 m3 de goudron.

Bon à savoir !

L’intégralité de ce bitume est néanmoins réutilisé : pendant une course automobile aussi, on peut faire attention à son empreinte écologique !

Rappelons-le : 60% des émissions de gaz à effet de serre d’une course automobile proviennent du public, et non des véhicules eux-mêmes. Cela signifie-t-il pour autant qu’il faille mettre un terme au sport automobile ? Le cabinet Espere estime que la coupe du monde de football représente 2 700 000 tonnes de CO2 : eh oui, les voitures ne sont donc pas les seules coupables !

Un sport automobile plus vert est-il possible ?

voiture électriqueAlors, oui, la course automobile pollue. Mais le sport automobile ne se résume pas seulement au ballet des voitures autour d’un circuit. Comme l’a rappelé Lucas di Grassi, pilote de Formule E pour Audi et ancien pilote de Formule 1 : « Le fait est que toutes les Audi du futur seront électriques. […] Tous ces développements de la voiture électrique seront utilisés à l’avenir. […] Ce qui est intéressant, c’est de découvrir comment nous pouvons rendre les voitures électriques rapides, plus efficientes et moins chères ».

Si les grands constructeurs se lancent en Formule E, c’est bien parce qu’il y a un véritable attrait commercial et technologique. Le but d’un tel championnat est avant tout de stimuler la transition vers une automobile électrique. D’ailleurs, la course en compétition a toujours été à la pointe du développement de l’automobile : c’est même l’une de ses raisons d’être.

Feu vert pour les courses électriques

La Formule E n’est pas toute seule : tous les ans depuis 2010 se tient la série 100% électrique du trophée Andros, dont Enedis est partenaire. La preuve : cette année, les légendaires 24 Heures du Mans accueilleront leur premier prototype de voiture à moteur à hydrogène. Le monde de l’automobile sait qu’il doit réagir face au réchauffement climatique, et pas seulement sur les circuits, mais sur la route. Or les véhicules que vous conduirez un jour pour aller au travail seront nés des courses que vous regardez le week-end.

C’est la raison pour laquelle l’ACO (Automobile Club de l’Ouest), qui organise les 24 Heures du Mans, a annoncé en 2018 une catégorie dédiée aux voitures à hydrogène dès 2024. Pierre Fillon, président de l’ACO, a expliqué : « Les 24 Heures ont toujours été un moteur de recherches perpétuel, tant en matière de sécurité, de performance, de réduction de consommation ou de respect de l’environnement ».

L’ACO s’est donc associé à Green GT Technologies, qui a présenté son prototype aux Assises de l’Automobile le mois dernier. Là encore, la puissance de la voiture n’a pas à rougir : ses quatre moteurs lui permettent une puissance totale de 653 chevaux. En somme, développer une automobile plus propre sans renier l’ADN de la course, ce n’est pas impossible !




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