Informer sans parti pris

Huit vœux et aveux politiquement incorrects pour une bonne année 2016 !

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PAR PIERRE BEYLAU

Publié le 31/12/2015 à 12:33 | Le Point.fr

Au-delà du rituel à l’eau de rose, tentons de sortir des sentiers battus. Roulons au diesel, mangeons du boeuf… À nos risques et périls !

Tout le monde préfère être riche et bien portant que pauvre et malade. Un certain consensus existe aussi dans nos sociétés sur le fait d’aimer davantage la liberté que l’oppression, le beau temps que la pluie, la justice que l’arbitraire. La paix est également jugée plus souhaitable que la guerre, et l’amour plus positif que la haine. Épargnons-nous donc les poncifs nimbés de bons sentiments sirupeux qui jalonnent les vœux de début d’année. Passons aux aveux moins convenables. Que veut véritablement le modeste auteur de ces lignes ?

Continuer à boire aux terrasses des bistrots sans risquer une rafale de kalachnikov tirée par un enfiévré de Daech. Pour éradiquer le fléau, pas d’états d’âme possibles. Tous les moyens – même légaux – peuvent être employés. Les discussions sur le sexe des anges ne sont plus de mise. Relire Montesquieu, disséquer le Code de procédure pénale ou disserter sur les libertés publiques – nullement en danger – ne sert pas à grand-chose quand la maison brûle. La priorité est d’éteindre l’incendie. La déchéance de nationalité est sans doute un cautère sur une jambe de bois. Elle consiste à menacer de priver de dessert un serial killer. Mais puisque le président de la République l’a solennellement annoncée, il faut l’appliquer, sauf à décrédibiliser la parole de l’État.

Rouler au diesel sans risquer les foudres de la Cour pénale internationale pour crime contre l’humanité. C’est l’OMS qui le dit : si vous avez l’outrecuidance, comme 75 % d’automobilistes, de posséder un véhicule diesel, vous êtes un tueur de masse. Faites donc comme les bons citoyens parisiens chéris par Anne Hidalgo : n’utilisez pas de voiture du tout. Habitez donc le 4e arrondissement et allez en Vélib’ jusqu’à votre bureau dans le 3e. Soyons sérieux : si l’on veut éradiquer le diesel, cela prendra dix ou quinze ans.

Approuver (parfois) François Hollande. Il est puéril et paradoxal de reprocher au président de la République d’avoir trahi ses promesses de campagne. La droite devrait plutôt se féliciter que les fariboles du début de mandat aient été reléguées dans les grandes poubelles de l’histoire. Résumons : François Hollande était naguère encore un social-démocrate honteux, il est aujourd’hui ouvertement un réformiste pragmatique. Illustration du processus : la promotion d’Emmanuel Macron au ministère des Finances (voir le dossier du Point de cette semaine). Bien sûr, on peut déplorer que les réformes avancent à la vitesse du glacier, que des concessions soient périodiquement faites aux éléphants du Jurassic Park socialiste. Mais que l’entreprise, l’économie de marché soient replacées au centre du discours présidentiel est essentiel. Voir les socialistes se recentrer, dans la douleur, n’est pas une mauvaise nouvelle.

Défendre (parfois) Nicolas Sarkozy. L’ancien président suscite souvent des sentiments de haine tout à fait irrationnels. Trois réformes intelligentes peuvent pourtant être portées à son crédit. Le passage de l’âge de la retraite de 60 à 62 ans. La gauche était contre, mais n’est que très partiellement revenue sur le processus. Le saut était un peu timoré (il fallait d’emblée aller jusqu’à 65 ans) et les régimes spéciaux n’étaient pas concernés. Mais le choix de la direction était le bon. Vouloir fusionner conseillers départementaux et régionaux, projet annulé par les socialistes, n’était pas non plus stupide. Enfin, remplacer seulement un fonctionnaire sur deux partant à la retraite permettait, sans douleur, de diminuer progressivement les effectifs pléthoriques de la fonction publique.

Écouter (parfois) Marine Le Pen. Le logiciel antifasciste est déréglé. Ses aiguilles tournent sur elles-mêmes comme un derviche. Au lieu de fulminer des anathèmes anachroniques, il convient de prendre en compte la réalité actuelle du Front national, parti légal et légaliste recueillant un tiers des voix. Son programme économique est son véritable boulet : personne ne croit, même pas ses électeurs, que le salut viendrait de la sortie de l’euro, d’un enfermement obsidional et d’un retour à l’ardente obligation du plan. Certains dans ce parti tentent déjà de se défaire de ce carcan qui leur colle à la peau comme une tunique de Nessus. Mais au-delà des remèdes fantaisistes préconisés, le Front national soulève de véritables problèmes : celui des territoires délaissés et d’une question migratoire qui ne cesse de s’amplifier. Comment croire en effet que le phénomène demeurera confiné à l’Allemagne, à l’Europe centrale et à la Turquie ?

S’éclairer grâce au nucléaire. La transition énergétique dont on nous rebat les oreilles se fera. Mais pas en dix ans. Pour l’instant, le charbon est roi : 40 % de la production mondiale d’électricité est assurée par la houille (80 % en Chine). Les centrales à charbon déversent des cataractes de CO2 dans l’atmosphère. Le nucléaire ne pollue pas, en dehors des déchets qui, après recyclage, demeurent actifs et qu’il faut enfouir. L’offre de charbon est considérable sur le marché, et nos amis allemands en font une grosse consommation. Les énergies renouvelables ne sont pas le remède absolu tant que l’on n’a pas trouvé le moyen de stocker l’électricité.

Manger des steaks saignants. Une offensive en règle est conduite par les végétariens, végétaliens et autres végans pour culpabiliser les monstres qui se pourlèchent les babines à l’idée de déguster un bœuf bourguignon ou des rognons de veau. Cela commence généralement par une campagne de sensibilisation à propos des abattoirs. On dénonce – souvent à juste titre – les souffrances inutiles infligées à l’animal. Puis, de proche en proche, on suggère qu’il n’y a pas de manière moralement acceptable de tuer un animal… Bizarre : les militants de la cause animale sont fréquemment plutôt indifférents aux massacres qui concernent les humains. Exemple emblématique : Adolf Hitler adorait les animaux et avait fait promulguer plusieurs lois sur le sujet. Quant à Himmler, l’un des artisans de la solution finale contre les juifs, il ne supportait pas la vue du sang lors des corridas.

Défendre la religion. Les sicaires du laïcisme n’en démordent pas : ce sont les religions qui sont source d’intolérance, de violence, de fanatisme. Extirpons l’infâme et l’on mettra fin aux maux de la planète. De Karachi à Téhéran, de Jérusalem à Alger, de Kaboul à Grozny, du Middle West américain à la toundra russe, édifions donc un ordre international strictement laïque. Tout le monde va lire Voltaire et tout ira bien. C’est, bien sûr, un doux rêve.
Le phénomène de Daech apporte des arguments inespérés aux ayatollahs de la laïcité. Sauf qu’un détail historique leur a échappé : les plus grands massacres contemporains ont été justifiés par des idéologies athées. Ni Hitler, ni Staline, ni Pol Pot, ni Mao Tsé-toung ne se réclamaient d’une religion. À côté de ces industriels de la tuerie de masse, la révolution iranienne ou même Daech font figure d’artisans marginaux.
Il est devenu inconvenant d’admettre que la religion est un élément constitutif de l’ADN identitaire des pays. Celui de la France est indiscutablement (mais pas seulement) judéo-chrétien, comme celui de presque toute l’Europe. Personne ne songe à nier que l’identité indienne soit liée à l’hindouisme, celle de la Russie ou de la Grèce à l’orthodoxie, celle du Maroc, de l’Algérie ou de l’Irak à l’islam.
Au moment du débat autour de l’identité chrétienne de l’Europe, un ministre socialiste nous confiait : « L’Europe n’est plus véritablement chrétienne, mais son logiciel est chrétien. » Ce qui n’implique pas, au contraire, le rejet de l’islam mais son assimilation.

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