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Karim El Aynaoui : « Intégrer les risques climatiques dans la planification stratégique»

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Karim EL Aynaoui, directeur général du think tank marocain OCP Policy Center et auteur d’un livre sur le climat, a accordé une interview au quotidien économique français LesEchos, dans lequel il « explique pourquoi les entreprises doivent accélérer la transformation de leurs modèles économiques afin de placer le défi de la durabilité au centre de leurs objectifs. » Selon Al Aynaouin, l’enjeu est particulièrement important pour les entreprises travaillant à l’international, comme en Afrique ou en Asie ».
OCP Policy Center (OCPPC), en collaboration avec le Fonds monétaire international et l’Université de Columbia, a publié cette année un livre intitulé « Coping with the Climate Crisis : Mitigation Policies and Global Coordination ». Cet ouvrage synthétise les tendances clefs issues des récents travaux en économie du changement climatique sous la forme d’un guide utile et accessible aux décideurs et aux chercheurs. Il examine les implications économiques de la réduction de la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles, mais aussi le rôle des marchés financiers pour stimuler le développement d’infrastructures durables. Il évalue par ailleurs les risques associés avec l’incertitude liée au changement climatique et démontre notamment la nécessité d’une taxe sur le carbone, qui tient compte des problèmes de tarification ainsi que du rôle des politiques d’offre sur les combustibles fossiles. A cet égard, Aynaoui estime que les entreprises doivent désormais accélérer la transformation de leurs « business models » pour placer le défi de la durabilité au centre de leurs objectifs. Il juge que le fait d’intégrer les risques climatiques dans leur planification stratégique est nécessaire afin d’avoir une meilleure visibilité sur ces risques et d’anticiper l’accès à une économie à bas carbone et résiliente. Par conséquent, ajoute-t-il, il est primordial que la direction générale de l’entreprise soit impliquée dans ce processus, car cela est profitable aussi bien pour le climat que pour sa pérennité.
A titre d’exemple, Aynaoui cite le modèle du groupe OCP au Maroc qui mise sur le développement durable comme levier de compétitivité. Sa stratégie est d’augmenter la production tout en réduisant l’effet sur l’environnement à travers trois axes principaux : le transport des phosphates, l’économie d’eau et l’efficacité énergétique.
En 2014, le groupe a inauguré son premier Slurry Pipeline qui relie le site minier de Khouribga à la plate-forme de transformation de Jorf Lasfar. Ce pipeline a non seulement permis au groupe de doubler sa capacité de production de phosphate tout en réduisant considérablement ses coûts logistiques, mais il contribue aussi à réaliser d’importantes économies d’eau et de carbone, estimées respectivement à 3.000.000 m3 d’eau et 930.000 tonnes de CO2 chaque année. Par ailleurs, le groupe a également investi dans trois usines de traitement et de réutilisation des eaux usées urbaines et dans une usine de dessalement d’eau de mer de 25 millions de mètres cubes par an afin de ne plus prélever sur la nappe phréatique. Il subvient ainsi à une grande part de ses besoins hydriques et participe à l’épuration des eaux usées des villes voisines des sites du groupe.
En termes d’efficacité énergétique, le groupe OCP a développé des capacités de cogénération d’électricité et a augmenté la part des énergies renouvelables dans son mix énergétique. Aujourd’hui, 70 % de la consommation d’électricité du groupe est à zéro empreinte carbone (cogénérée ou renouvelable) et deux mines du groupe (Boukraa et Benguerir) sont entièrement alimentées par l’énergie éolienne. D’ici à 2027, le groupe OCP compte couvrir 100 % de ses besoins d’énergie électrique par de l’énergie propre (éolienne, solaire, et cogénérée).
Et parce que le monde n’est pas sérieux sur le climat. Malgré l’engouement généré suite à l’Accord de Paris, affirme Aynaoui, il est témoin d’une reprise à la hausse des émissions de CO2 après trois années d’émissions stables, engendrées principalement par une croissance économique mondiale plus soutenue, une baisse dans les prix de combustibles fossiles et, notamment, une résurgence de l’utilisation du charbon, ainsi que des efforts en efficacité énergétiques insuffisants.

Encadré
Les bonnes pratiques du groupe OCP sont-elles transposables  ?

Les entreprises peuvent sans aucun doute s’inspirer du modèle du groupe OCP, qui combine à la fois augmentation de la productivité et préservation de l’environnement. Pour transposer ces bonnes pratiques citées plus haut, il est nécessaire d’instaurer d’abord une culture du développement durable au sein des entreprises et d’adapter ces pratiques à la taille, au secteur d’activité et aux ressources dont elles disposent. Le recours aux énergies renouvelable, pour fournir une électricité plus propre à titre d’exemple, pourrait constituer un point de départ, notamment pour les petites et moyennes entreprises.
Pour aller encore plus loin, investir dans la recherche et le développement permettrait aux entreprises de plus grande taille d’innover en faveur du climat, tout en optimisant leur mode de production. Les entrepreneurs doivent miser sur les incubateurs technologiques ou les laboratoires basés dans les universités pour leur fournir un environnement adéquat à la recherche et à l’innovation. Par ailleurs, il leur serait bénéfique de tirer parti de la puissance des nouvelles technologies qui sont amenées à stimuler le déploiement des énergies renouvelables.
Le potentiel de la digitalisation dans le domaine de la génération d’électricité commence à être exploré, notamment dans les pays en développement.
A titre d’exemple, le potentiel de la digitalisation dans le domaine de la génération d’électricité commence à être exploré, notamment dans les pays en développement qui souffrent encore de l’accès sporadique à l’électricité.
Par ailleurs, de nouvelles innovations voient le jour en matière de transport et de stockage de l’hydrogène produit à partir de sources renouvelables, réputé pour ses qualités d’une source d’énergie bas carbone. D’où l’importance pour les entrepreneurs d’agir sur leur environnement local d’abord, en développant des solutions adaptées à leurs réalités locales, qui peuvent ensuite être répliquées à plus grande échelle.
Entretien réalisé par Julie Le Bolzer pour lesechos.fr
* Doyen de la faculté des sciences sociales de l’Université Mohamed VI Polytechnique de Benguerir, Karim El Aynaoui est le directeur général d’OCP Policy Center, un think tank basé à Rabat, au Maroc. Il est également conseiller auprès du PDG d’OCP, entreprise marocaine leader au plan mondial dans le domaine des phosphates.

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