La Bourse russe bat des records malgré les sanctions et une économie en berne

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Sanctions, croissance poussive, rien ne semble décourager la Bourse russe, qui s’envole depuis un an, se plaçant parmi les plus performantes du monde. Cela grâce à une confiance revenue, des fondamentaux stables et de gros dividendes.

Longtemps délaissée et considérée comme risquée et trop dépendante du pétrole, la Bourse de Moscou, dont la capitalisation s’élevait à 681 milliards de dollars à la fin du 3e trimestre, contre 576 mds fin 2018, fait désormais des merveilles: l’indice RTS (libellé en dollars) et le Moex (en roubles) ont respectivement connu des hausses de plus de 25% et plus de 35% depuis le début de l’année.

Ces derniers mois, les principales agences de notation ont relevé les notes du pays, améliorant son attractivité pour les investisseurs. En novembre, le Moex a passé la barre des 3.000 points pour la toute première fois.

« Les gens qui ont investi en Russie au début de l’année sont très heureux aujourd’hui », sourit Andreï Braguinsky, directeur de la communication de la Bourse, lissant sa cravate ornée de marguerites.

Nichée dans un immeuble discret à un jet de pierre du Kremlin, le Moscow Exchange est jeune: les deux indices Micex (depuis renommé Moex) et RTS naissent début des années 1990, dans les décombres de l’URSS, à l’aube de l’économie de marché russe.

La Bourse n’intègre ces deux indices que fin 2011, prenant sa forme actuelle.

Sa récente envolée détonne alors que la croissance russe reste molle (environ 1% aux trois premiers trimestres 2019) et que les sanctions occidentales imposées à la Russie depuis l’annexion de la Crimée en 2014 restent en place et font mal.

Néanmoins, d’autres fondamentaux sont solides: « Il n’y a pas de dette, il y a des réserves de plus de 500 milliards de dollars, il n’y a pas de déficit budgétaire. C’est la différence entre la Russie et la plupart des autres marchés émergents », affirme Andreï Braguinsky.

La bonne santé des marchés financiers russes doit aussi à la politique de la Banque centrale. Lors de la crise monétaire de fin 2014, elle avait relevé brusquement le taux à plus de 17% pour juguler l’effondrement du rouble, sous l’effet de la chute des cours du pétrole et des sanctions occidentales. Depuis, elle l’a abaissé régulièrement jusqu’à atteindre les 6,50% actuels.

Autre maître mot de cette envolée boursière : les dividendes.

« Le marché des actions russe est très concentré, il y a un petit nombre de gros acteurs », note Natalia Orlova, chef économiste d’Alfa Bank. Or un certain nombre d’entre eux ont « récemment distribué d’énormes dividendes aux actionnaires », dopant considérablement la Bourse.

En mai, le géant gazier Gazprom a ainsi annoncé son intention de verser des dividendes supérieurs de plus de la moitié à ce qui était prévu. Aujourd’hui, le rendement de dividendes des actions russes est proche de 7%.

« Beaucoup de ces (grands) groupes ont beaucoup de liquidités, ils investissent peu à cause de l’incertitude liée aux sanctions et au contexte international », explique Mme Orlova. Cette situation, dans laquelle les groupes décident de verser des dividendes plutôt que d’investir, « peut durer longtemps car l’infrastructure est en place » estime l’économiste.

Enfin, la Bourse russe profite de la tendance haussière depuis le début de l’année du prix du pétrole, ainsi que d’un certain nombre de métaux – deux secteurs importants de l’économie russe.

A cela, Sofya Donets, directrice de Renaissance Capital en Russie, ajoute encore « l’absence de nouveaux chocs politiques », l’absence d’élections dans le pays et un « marché qui s’est habitué aux sanctions ».

« Les investisseurs savent désormais comment travailler dans le contexte des sanctions existantes », et reviennent alors que le spectre de nouvelles sanctions occidentales semble s’éloigner, ajoute Andreï Braguinsky.

Qui en profite le plus? Les investisseurs étrangers, qui comptent pour près de 50% des actions de la Bourse russe. Et également les institutions russes.

Un nouveau venu commence aussi à se faire un nom: l’investisseur privé russe. « Il y a environ 100.000 à 150.000 nouveaux investisseurs privés sur le marché tous les mois », assure-t-il.

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