La justice italienne refuse l’extradition d’un ressortissant marocain vers la Tunisie

Abdelmajid Touil, un ressortissant marocain de 22 ans, peut-il avoir participé à l’attentat du 18 mars au Musée du Bardo de Tunis, alors qu’il a débarqué en Italie le 17 février à bord d’un de ces rafiots qui rejoignent quotidiennement les côtes de la Sicile ?

De la réponse qui sera apportée à cette question dépend en partie le sort du jeune homme emprisonné depuis le 20 mai à Milan, après que les autorités italiennes eurent exécuté le mandat d’arrêt international lancé par la Tunisie. Vendredi 22 mai, le jeune s’est dit « innocent » et a refusé son extradition. Tunis dispose de 40 jours pour faire parvenir à Rome les charges détaillées et justifiées qui pèsent contre lui.

Jusqu’à cette date, Abdelmajid Touil était un migrant ordinaire de Gaggiano, une commune des faubourgs de la capitale lombarde. Son parcours ne le différencie guère des autres dizaines de milliers d’hommes et de femmes qui ont accosté en Italie depuis le 1er janvier. Il serait entré en Tunisie le 3 février par avion en provenance du Maroc, pour y chercher du travail. De là, il aurait, trois jours plus tard, rejoint la Libye afin de s’embarquer pour l’Italie.

Tunis soupçonnait le jeune d’avoir participé à l’attentat du Musée national du Bardo qui, le 18 mars avait causé la mort de 22 personnes. Abdelmajid Touil aurait fourni un « soutien logistique » en « facilitant le déplacement des armes ». Le jour de son incarcération, le ministre de l’intérieur italien avait salué « l’arrestation du premier terroriste présumé arrivé par voie maritime en Italie ». La police avait sabré le prosecco.

Feuille de présence

Pourtant tout semblait innocenter le jeune Marocain qui, pour rejoindre la Sicile à bord d’une embarcation de fortune, avait transité par la Tunisie et la Libye. Le jour de la tuerie il était avec sa mère qu’il était venu rejoindre, dans la banlieue de Milan. « Nous avons suivi l’attentat du Bardo ensemble à la télé ! », s’était-elle indignée. La feuille de présence aux cours d’alphabétisation qu’il suivait attestait de sa régularité, de son sérieux et de sa présence en Italie le 18 mars.

Touil:abc24

Il a fallu plus de cinq mois d’enquête aux policiers et aux magistrats pour se rendre à l’évidence. Abdelmajid Touil n’est pas un terroriste et il ne sera pas extradé en Tunisie. 

Vendredi 30 octobre l’heureux mais tardif dénouement est arrivé. « En accord avec les principes de la Cour européenne des droits de l’homme », un juge a décidé que l’expulsion d’Abdelmajid Touil lui faisait « courir des risques graves ». En conséquence, il pourra rester en Italie et y déposer une demande d’asile.




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