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La présidentielle américaine vue d’Europe : Attentisme et prudence

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People vote on the last day of early voting for the 2020 US Elections at The Forum, the former home of the Los Angeles Lakers, on November 2, 2020 in Los Angeles, California. (Photo by Frederic J. BROWN / AFP)

Par Adil ZAARI JABIRI – MAP
Jamais les élections américaines n’ont été suivies avec autant d’angoisse et de préoccupation de l’autre côté de l’Atlantique. A quelques heures de la proclamation des résultats de cette échéance fatidique, l’Europe retient son souffle et espère un lendemain meilleur dans ses relations avec les Etats-Unis.

Pour les dirigeants européens, l’élection du nouveau locataire de la Maison Blanche représente un enjeu de taille et leur préférence pour le candidat démocrate Joe Biden est un secret de polichinelle, tant il constitue à leurs yeux le président qui va restaurer les alliances traditionnelles et enterrer la hache de guerre brandie par Donald Trump au nom de son sacro-saint slogan «America first» (l’Amérique d’abord).

Analysant au micro de la MAP l’enjeu de l’élection présidentielle américaine pour l’Europe, l’expert des relations internationales, Mohamed Rajai Barakat, a souligné que «l’Union européenne et ses dirigeants ont dû composer péniblement avec un président américain qui, en plus de les traiter avec mépris, les considère comme des ennemis».

Il rappelle que le premier acte consacrant le divorce entre les deux anciens alliés est la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Suivirent, l’imposition de taxes sur les produits européens notamment l’acier et l’aluminium, la dénonciation de l’accord nucléaire avec l’Iran et les menaces de se désengager de l’OTAN si les pays européens n’augmentent pas leurs contributions au budget de l’Alliance, sans oublier le soutien du président Trump de l’occupation israélienne des territoires palestiniens qui constitue une ligne rouge pour les Européens.

Pour cet analyste, le président Trump a, tout au long de son mandat de quatre ans, agacé les Européens jusqu’à les insulter même, faisant fi de toutes les règles de la bienséance diplomatique.

Outre son soutien ouvert au Brexit, Donald Trump va jusqu’à encourager d’autres scissions au sein du bloc communautaire, déclarant que l’exemple britannique ne tardera pas à être suivi par d’autres Etats membres. «Je ne me soucie pas vraiment si l’UE va se séparer ou rester unie. Pour moi, ça n’a pas d’importance», dira-t-il dans l’une de ses sorties médiatiques fracassantes.

D’autres décisions tout aussi imprévisibles suivront, notamment ses décrets anti-migrants, ainsi que son retrait de l’UNESCO et tout récemment de l’Organisation Mondiale de la Santé qu’il a accusée de «jouer le jeu de Pékin» dans la gestion de la pandémie de Covid-19.

Néanmoins, tempère M. Barakat, il ne faudrait pas non plus croire à une nouvelle lune de miel entre l’Union européenne et les Etats-Unis si le candidat démocrate accède à la présidence. Pour lui, si les relations seront moins tendues et plus courtoises, la restauration des alliances ne se fera pas rapidement dans la mesure où le candidat Biden aura d’autres priorités liées notamment à la gestion des conséquences de la pandémie, le plan de relance économique et surtout la restauration de l’unité de l’Amérique.

Que ce soit avec Trump ou Biden, l’Europe aura retenu la leçon que son avenir dépendra de sa capacité de renforcer son autonomie stratégique et sa souveraineté économique face au géant chinois et à son rival américain. Elle aura aussi compris, avec ses partenaires de l’OTAN, que sa sécurité à l’avenir, ne passera pas nécessairement par Washington, mais se fera avec les Vingt Sept et leurs alliés de la Méditerranée.

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