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La Tunisie balkanisée après les législatives

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Au soir des législatives, la jeune démocratie se retrouve sans majorité, avec les islamistes d’Ennahdha et le mouvement de Nabil Karoui, « Au cœur de la Tunisie », qui revendiquent chacun la première place.
19h35. Au deuxième étage d’un immeuble de bureau, au Lac, les partisans de Karoui explosent de joie. Un portrait de leur leader est brandi, les soutiers de la campagne (de l’équipe de com’ aux chauffeurs régie) chantent et dansent. Quelques parrains font une apparition. Quelques kilomètres plus loin, à Tunis, le quartier Montplaisir. Au siège d’Ennahdha.

Il est 20h, la télévision diffuse les premiers sondages. Le parti est donné en tête, avec 40 députés (sur 217). Seconde explosion de joies. On quitte le hall du QG, on danse dans la rue. Début de feux d’artifices. Un vendeur à la sauvette, malingre dans son pantalon épuisé, arrive avec drapeaux et écharpes aux couleurs du parti. Pas de client. Dans les deux cas, aux deux QG, petite affluence. Car si les deux partis revendiquent non la victoire mais d’être en tête, aucun n’a la majorité. Il faut 109 députés pour composer un gouvernement. Et les sondages diffusés ce soir offrent un paysage parlementaire morcelé. Les islamistes perdent vingt points par rapport à l’élection constituante de 2011 : 17,6 %. En parvenant en tête, ils seront chargés de proposer un chef du gouvernement issu de leur rang. A charge pour lui de composer une équipe et d’obtenir la majorité requise : 109 voix. Les résultats de ce soir rendent complexe voire hypothétique la mise sur pied d’une majorité sinon d’une coalition viable.

Assemblée cherche gouvernail

C’était prévu, énoncé, chiffré par les instituts de sondages. Il suffisait de discuter à droite à gauche pour comprendre que le visage de la nouvelle Assemblée serait une gueule cassée. Si Abir Moussi n’a obtenu que 4 % au premier tour de la présidentielle, son parti, le PDL (parti destourien libre) formera un bloc parlementaire avec dix-huit députés. Elle n’a jamais dissimulé ses sympathies pour Ben Ali. Autre entrée, celle de Seifeddine Makhlouf, leader du « Courant de la dignité », un mix de révolution et d’ultra-conservatisme, obtiendrait un groupe de taille équivalente. Le Courant démocratique, social-démocrate, pèsera de la même façon. Les résultats des législatives balayent toutes les grilles de lecture précédentes. Nidaa Tounes qui avait emporté les deux scrutins de 2014 (présidence de la république pour Béji Caïd Essebsi et celle du parlement pour Mohamed Ennaceur) a quasiment disparu de la scène politique. Le prix de la division. Tahya Tounes, le parti du chef du gouvernement actuel, obtiendrait seize députés. A l’instance électorale on craint beaucoup de recours qui pourrait bloquer les résultats pendant trois semaines, le temps que le tribunal administratif tranche.
Le leader des islamistes élu député à Tunis 1

Rached Ghannouchi, président du mouvement Ennahdha depuis 1991, s’était porté candidat pour la première fois de sa vie. Il est ce soir député. Sera-t-il proposé pour diriger le gouvernement ? Peu vraisemblable, il est l’un des personnages les plus clivant de la vie politique. Il peut prétendre à la présidence de l’ARP. Tout dépendra de la situation de Nabil Karoui. En détention provisoire depuis le 23 août, sera-t-il libéré ? Comment négocier avec lui ? Depuis le parloir de la prison de La Monarguia ? Ce soir, la Tunisie se cherche un gouvernail

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