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L’écrivain Mustapha Fahmi récompensé au Canada pour “ses leçons de la vie”

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Propos recueillis par Khadija Benhaddouch

Lauréat du prestigieux prix “Distinction littéraire” 2019 du Salon du livre du Saguenay au Canada, l’écrivain marocain Mustapha Fahmi a été amplement récompensé pour son travail dans le domaine du livre et de l’édition, mais aussi pour ses multiples “leçons de la vie”.

“C’est le prix le plus prestigieux que décerne le Salon du Saguenay. On me l’attribue pour deux raisons: pour le rayonnement international de mon dernier livre +La leçon de Rosalinde+ et pour mon implication dans la vie culturelle régionale et nationale”, a confié l’auteur à la MAP.

Le Prix lui a été remis le weekend dernier au cours d’une cérémonie organisée en son honneur dans le cadre du 55ème édition du Salon.

Aux yeux de l’universitaire maroco-canadien, le large succès auprès du public de son ouvrage, réédité quatre fois en l’espace d’un an, ainsi qu’au regard des critiques est imputable au lien qu’il fait entre la littérature, la philosophie et la vie, le tout dans une langue simple et libre de tout jargon académique.

Autant dire que “La leçon de Rosalinde” nous éclaire sur la question de savoir “comment la littérature et la philosophie peuvent-elles nous aider à mieux nous comprendre et à comprendre le monde et les gens qui nous entourent?”, a-t-il dit.

C’est un livre qui soulève toute une série de questions sur l’amour, le respect, la reconnaissance, le dialogue, la joie, l’identité… “Et au centre de toutes ces questions, il y a quelque chose que nous partageons tous : notre humanité”, a expliqué l’auteur.

Au-delà de l’attribution du Prix du meilleur livre de sa catégorie au Salon du livre du Saguenay, l’essai de Mustapha Fahmi, premier ouvrage de l’auteur en langue française, a eu droit à une réception exceptionnelle et unanime de la part de la critique au Canada, en France et au Maroc.

C’est en quelque sorte le fruit de vingt-trois ans de recherche sur Shakespeare, après plusieurs livres et articles savants publiés en anglais au Canada, aux États-Unis et en Angleterre, mais aussi trois recueils de poésie en arabe.

Sur les raisons l’ayant poussé à concentrer ses activités littéraires et philosophiques sur le Québec et les pays francophones, l’auteur évoque “un sentiment de gratitude envers une région et une province dont la générosité, l’encouragement et le soutien m’ont permis d’accomplir des choses intéressantes dans la vie”.

“J’ai donc décidé, à la fin de mon mandat de vice-président de l’Université du Québec à Chicoutimi en 2017, qu’il était temps d’offrir au Québec un peu de ce qu’elle m’a donné. La leçon de Rosalinde en français, c’est pour dire à mes amis francophones +merci+ dans leur propre langue”, a-t-il fait savoir.

L’autre facette du succès de l’œuvre de Fahmi se rapporte, a-t-il dit, au secret même de l’intégration dans le pays nord-américain.

“Le Canada est un pays capable de nous ouvrir, en tant qu’immigrants, toutes les possibilités dont nous avons besoin pour déployer nos talents et nos habiletés. Et nos droits et libertés sont protégés par une charte solide”, a fait observer le chercheur.

Toutefois, estime-t-il, “avoir des droits ne suffit pas pour faire de nous des personnes heureuses et épanouies”. De l’avis de l’écrivain, l’enjeu est d’aller au-delà des droits et essayer d’établir des relations harmonieuses avec les autres. Et pour cela, il faut contribuer d’une façon positive au développement de la société et se montrer sensible et ouvert envers la société d’accueil.

Sous cet angle, il met l’accent sur le devoir, parfois, d’”accepter que les autres puissent avoir un regard sur nous qui ne correspond pas forcément au regard que nous avons sur nous-mêmes”.

“Nous ne sommes pas obligés d’adopter le regard des autres sur nous, mais il faut le considérer”, a-t-il précisé.

Ce spécialiste de Shakespeare cite son propre livre : “Quand je ne comprends pas quelqu’un, j’essaie de voir avec ses yeux, non pas pour adopter son regard (j’ai le mien), mais pour voir ce qu’il voit. Une manière de rendre le dialogue possible”.

Professeur de littérature anglaise à l’Université du Québec à Chicoutimi, Mustapha Fahmi est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques et plusieurs recueils de poésie. Il a donné des conférences partout dans le monde, y compris au prestigieux Shakespeare Institute de l’Université de Birmingham.

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