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Syrie, Otan : la France s’impatiente face aux Etats-Unis

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La France, exaspérée par le retrait américain du nord-est de la Syrie, dénonce la perte de « crédibilité » des Etats-Unis et de l’Alliance atlantique, qui se réunit jeudi, après l’abandon des Kurdes face à l’offensive turque.
Le président Emmanuel Macron et son ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian n’ont pas caché leur « trouble » devant la décision de retrait de Donald Trump, qui a ouvert la voie à l’intervention turque contre les Kurdes syriens.
« J’ai compris qu’on était dans l’Otan. J’ai compris aussi que la Turquie et les États-Unis d’Amérique sont dans l’Otan. Et j’ai découvert par tweet que les États-Unis d’Amérique décidaient de retirer leurs troupes et de libérer la zone, comme tout le monde », s’est agacé le chef de l’Etat français.
Exit donc la complicité affichée au sommet du G7 fin août à Biarritz, comme celle des débuts : Emmanuel Macron, pas plus que les autres alliés, n’a été informé par Donald Trump le 13 octobre d’un désengagement potentiellement lourd de conséquences pour la région et la lutte contre le groupe Etat islamique (EI).
La Turquie, puissance de l’Otan, a attaqué les forces kurdes YPG, partenaires clé de la coalition internationale antijahidiste emmenée par les Etats-Unis, eux-mêmes pilier de l’Alliance atlantique.
« Cela affaiblit durablement notre crédibilité pour trouver des partenaires sur le terrain (.. ) ça interroge aussi le fonctionnement de l’Otan », a commenté, cinglant, le président français.
La France, deuxième partenaire de la coalition anti-EI en termes de contributions aériennes, apparaît comme la plus virulente contre les Etats-Unis à l’heure des bilans.
Elle reste aussi marquée par la précédente « reculade » américaine, en août 2013, sur des raids aériens en Syrie auxquels des avions de chasse français devaient participer.
Le président Barack Obama avait alors renoncé au dernier moment à bombarder le régime de Damas en représailles à des attaques chimiques, contraignant son homologue français François Hollande à faire de même.
« J’ai vécu le 31 août 2013 (…) première alerte de non-action, et puis le 13 octobre de cette année, deuxième décision de non-action de la part des autorités américaines sur un enjeu dans lequel elles étaient directement engagées depuis le début », a rappelé Jean-Yves Le Drian, qui était ministre de la Défense en 2013, sur la chaîne BFMTV.
« Deux alertes majeures, ce qui me fait dire aujourd’hui, il y a un trouble dans la relation transatlantique », a ajouté le ministre, par ailleurs inquiet d’une résurgence de l’EI à la faveur de l’offensive turque.
Pour François Heisbourg, expert géopolitique français, « on est face à une crise générale de confiance des alliés des Etats-Unis, à la fois européens et asiatiques, aggravée pour la France par cet épisode ».
Les Français demandent avec insistance dans ce contexte une réunion de la coalition internationale, qui devrait se tenir en marge de celle des ministres de la Défense de l’Otan jeudi et vendredi à Bruxelles.
Son but ? Mettre chacun « devant ses reponsabilités » et redéfinir au plus vite une stratégie de lutte contre l’EI, qui menace de reprendre corps en Syrie, répond Paris.
Se pose aussi la question de la relation à la Russie, alliée de Damas et aujourd’hui maître du jeu en Syrie, y compris dans la lutte contre l’EI.
Les présidents russe Vladimir Poutine et turc Recep Tayyip Erdogan se sont ainsi accordés mardi sur un retrait des forces kurdes du nord-est de la Syrie et un contrôle commun de la majeure partie de cette zone.
Le devenir de l’Otan pose également question. « La relation transatlantique, c’est le leadership américain et la solidarité entre membres. Il n’y a plus ni l’un ni l’autre. Qu’est-ce que l’Otan aujourd’hui ? », souligne une source française.
Donald Trump a semé le doute en suggérant que les Etats-Unis n’avaient plus vocation à voler au secours de leur alliés en toutes circonstances,comme l’impose le principe de défense collective inscrit dans l’article 5 de l’Otan.
Pour Bruno Tertrais, directeur-adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris, « si l’organisation militaire elle-même va plutôt bien, l’Alliance atlantique, elle, va très mal » au plan politique.
Un prélude à la fin de l’Otan ? « C’est un scénario qui n’est plus improbable au point de devoir l’écarter totalement », pointe le chercheur. « Pendant ce temps là Vladimir Poutine se frotte les mains », remarque-t-il.

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