dim. Déc 15th, 2019

Thomas, le fils de Laurent Fabius, visé par un mandat d’arrêt aux Etats-Unis

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Thomas Fabius (à droite) au tribunal

La Société générale a déposé, en début d’année, une plainte visant Thomas Fabius, fils du ministre français des affaires étrangères. Il est accusé d’avoir produit un faux courriel de la banque dans le but d’obtenir un crédit du casino de la Mamounia à Marrakech, au Maroc. Ce dernier fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par le procureur du comté de Clark, dont dépend la ville du Nevada, pour avoir émis des chèques sans provision pour un montant supérieur à 3,5 millions de dollars (3,2 millions d’euros).

Cette information révélée par l’hebdomadaire Le Point a été confirmé au Monde par la porte-parole du procureur, Audrie Locke. « Ce qui se passe à Vegas reste à Vegas », selon le slogan publicitaire de la capitale américaine du jeu. Excepté les dettes. 

Les faits détaillés par la plainte à l’origine de la procédure et que le Monde a pu consulter remontent à 2012. Le 15 mai de cette même année, Thomas Fabius se rend tout d’abord au Palazzo, un casino situé sur le South Las Vegas Boulevard − le Strip −, tout près des célèbres Flamingo et Caesars Palace. Pour pouvoir jouer, il rédige successivement trois chèques à en-tête de la Banca Monte dei Paschi di Siena, pour un montant supérieur à 1,6 million de dollars. La virée du flambeur se poursuit ensuite à l’Aria, à deux pas du Palazzo. Dans ce casino, Thomas Fabius remplit successivement cinq chèques pour un montant total de 1 million de dollars, à partir cette fois-ci d’un compte de la banque française Société générale. Quelques heures plus tard, le 16 juin, il se rend cette fois-ci au Cosmopolitan voisin, situé à deux pas des fontaines du Bellagio. Il y rédige cette fois-ci un chèque de 900 000 euros.

La plainte qui va déboucher sur le mandat d’arrêt est déposée presque un an plus tard, le 12 avril 2013, par le procureur du comté, chargé notamment de faire respecter la législation sur les jeux, cruciale pour Las Vegas. Ce dernier y affirme que le joueur invétéré savait pertinemment, au moment des faits, qu’il remplissait des chèques sans provisions. Audrie Locke précise que le mandat qui vise Thomas Fabius couvre « le territoire américain continental » où il peut donc être arrêté à tout instant. Selon les spécialistes, sa transformation en mandat d’arrêt international supposerait une intervention des autorités fédérales américaines.

La folle équipée à Las Vegas ne coïncide pas seulement avec la nomination du père du flambeur au poste de ministre des affaires étrangères. C’est en effet à la même époque, en mai, que la justice française a commencé à manifester de l’intérêt pour les mouvements financiers identifiés sur les comptes de Thomas Fabius. Quelques mois auparavant, la Société générale a déposé une plainte le visant. Il y est accusé d’avoir produit un faux courriel de la banque dans le but d’obtenir un crédit du casino de la Mamounia à Marrakech, au Maroc.

8 millions d’euros de gains

Cette plainte ainsi que plusieurs signalements de Tracfin, l’organisme antiblanchiment du ministère des finances, avaient finalement conduit le parquet de Paris à confier l’enquête aux juges d’instruction René Cros et Roger Le Loire en mai 2013 pour des faits de faux, d’escroquerie et de blanchiment. Les ardoises que Thomas Fabius a laissées dans les trois casinos de Las Vegas ne sont pas les premières de cet « accro » à la roulette. Déjà, au printemps 2012, il avait quitté un casino monégasque avec un compte débiteur de 700 000 euros.

L’acquisition en juin 2012 d’un luxueux appartement au cœur de Paris pour quelque 7 millions d’euros a aussi suscité la perplexité des enquêteurs. Son avocat, Me Cyril Bonan, a assuré que celui-ci avait été financé « pour partie par un apport et pour partie par un emprunt bancaire ». « Il venait de gagner 8 millions d’euros aux jeux », assure-t-on dans son entourage et « sur les conseils d’un ami, il a souhaité le placer dans la pierre ». Selon Le Point, qui cite un document de la police judiciaire, il aurait précisément gagné 13 millions d’euros entre avril 2011 et avril 2012, pour 5 millions de pertes dans des établissements de jeux londoniens.

Les ennuis judiciaires de Thomas Fabius remontent à 2009 quand une association autour d’un projet de carte de paiement à puce pour l’Afrique a fini par tourner court. Un entrepreneur partie prenante à l’affaire avait fini par porter plainte. En juin 2011, l’intéressé avait fini par reconnaître avoir « détourné des fonds à hauteur de 90 000 euros » lors d’une procédure de plaider coupable. A ce jour, Thomas Fabius n’a toujours pas été entendu par les juges malgré les demandes répétées de son avocat. Contacté, ce dernier s’est refusé à tout commentaire.

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