Tourisme : l’activité des tour-opérateurs a encore souffert en 2014-2015

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La désaffection pour l’Afrique du Nord persiste, avec notamment un recul de plus de 30 % pour la Maroc. Abdelhak Senna/AFP

La vente de voyages à forfait a fléchi de 3,1% en 2014-2015, selon le syndicat des tour-opérateurs SETO. La désaffection persistante pour l’Afrique du Nord a été pour partie contrebalancée par le succès des destinations d’Europe du Sud et des Canaries.

L’année 2014-2015 a été à son tour difficile pour les voyagistes français. L’activité, en volume, a ainsi fléchi de 3,1%, avec un total de 3,94 millions de clients au titre de la vente des forfaits, selon le dernier « baromètre annuel » du Syndicat des entreprises du tour operating (Seto), publié ce mercredi. Le Seto, qui consolide l’activité de ses membres – ceux-ci représentent l’essentiel du secteur – en cumul annuel au 31 octobre, fait également état d’une diminution du volume d’affaires global de 2,4%, à 4,03 milliards d’euros, la recette unitaire moyenne ayant progressé de 0,7%, à 1.023 euros. De fait, le volume d’affaires régresse pour la quatrième année d’affilée, tandis que le trafic est en recul depuis cinq ans ! Ce constat général masque toutefois des contrastes selon les destinations.

La France, surtout « vendue » au titre de la saison d’hiver, reste la première d’entre-elles avec un total approchant les 768.000 clients (+2,6%), soit un volume d’affaires de 399 millions d’euros, quasi stable (–0,1%). Les destinations relevant du moyen-courrier constituent le deuxième gros bloc traditionnel avec 2,35 millions de passagers (–4,4%), soit un volume d’affaires de 1,9 milliard (–2,9%). Ce repli s’accompagne toutefois de fortes disparités, la désaffection persistante pour l’Afrique du Nord étant contrebalancée par le succès des destinations européennes, et en particulier d’Europe du Sud, et des Canaries.

Chute pour la Tunisie

Dans le détail, le trafic a ainsi chuté de 51,6% sur la Tunisie, sa reprise espérée étant, bien entendu, coupée net par le terrorisme. La Tunisie, qui était avant le « printemps arabe » la première destination des Français à l’étranger, est désormais au neuvième rang avec un total annuel de l’ordre de 112.000 clients. A la quatrième place aujourd’hui, le Maroc, longtemps concurrent de la Tunisie pour ce leadership, paraît mieux résister. Pour autant, et en dépit d’une situation intérieure stable, il n’échappe pas à ce sentiment d’inquiétude et de défiance de la clientèle française : le Seto fait en effet état d’un recul de 30,3% de son total de clients sur le pays, à près de 212.000. De même, la Turquie, qui connait une diminution de 39% du trafic, est affectée par le contexte ambiant avec la guerre en Syrie.

A contrario, l’Espagne continue de faire office de destination refuge et s’impose comme le premier pays visité par les Français à l’étranger avec 717.005 clients (+14,3%) toutes destinations confondues – lieux de villégiature continentaux et îles –, la palme revenant aux Canaries, devenues la première destination étrangère des Français avec près de 296.000 clients. La Grèce, avec un total de près de 408.000 clients (+8,9%) pour l’ensemble de ses destinations, confirme simultanément son retour en grâce de ces dernières années. Au passage, les îles grecques font aujourd’hui office de deuxième zone de séjours des Français à l’étranger après les Canaries. A noter également, le succès du Portugal avec un trafic qui bondit de près de 37%. Au-delà des choix de destinations des consommateurs, ces disparités sur le moyen-courrier sont également alimentées par la gestion des capacités des voyagistes qui les gèrent au plus près pour préserver leurs marges. Si la voilure a pu réduite sur l’Afrique du Nord, le repositionnement sur l’Espagne et les Canaries, par exemple, s’est donc accompagné par une augmentation des capacités disponibles sur ces destinations.

Engouement pour Cuba

Troisième grand bloc du marché du tour operating, le long-courrier a connu, de son côté, une activité globalement déprimée avec un recul du nombre de clients de 4,2% (un peu plus de 815.000), le volume d’affaires généré fléchissant de seulement 2,9% (à 1,7 milliard d’euros) du fait de la hausse de la recette unitaire (+1,4%). Bien que première destination, les Antilles françaises sont à nouveau en souffrance avec un trafic en repli de 12,6% (106.333 clients), alors que République Dominicaine se reprend : + 6,35%, à près de 102.000 passagers. Les Etats-Unis complètent le podium bien que la fréquentation ait diminué (quelque 81.000 « pax », –4,8%). Ce qui pourrait s’expliquer par la dépréciation de l’euro par rapport au dollar. A contrario, le Canada est à nouveau prisé (32.235, +19,45%). A noter également l’engouement pour Cuba, qui était attendu : 47,23% (42.653). Par ailleurs, le « retour » sur le Japon est tangible avec un bond du trafic de 41%. En revanche, le Sénégal reste délaissé (–65,5%), ayant perdu son statut de destination prisée l’hiver.

Le marché reste difficile pour 2016

S’agissant de l’hiver 2015-16 justement, la tendance est plutôt bien orientée, quand bien même l’attaque terroriste du 13 novembre a pesé sur les prises de commandes au cours de la deuxième quinzaine de novembre. En cumul à la fin du mois dernier, les réservations de voyages à forfait pour l’ensemble de la saison – départs entre le 1.11.2015 et 20.4.2016 – fléchissent de 1,3% en trafic, sur la base d’un panel de membres du Seto. Mais là aussi, il faut faire un distinguo entre d’un côté la France (+4,3%), portée par la saison de ski à venir, et le long-courrier (+1,9%), et de l’autre le moyen-courrier sujet à un recul de 8,3%. Le marché reste donc difficile du fait des craintes liées à la sécurité, mais aussi, rappelle le Seto, à une conjoncture économique et sociale qui ne s’est pas encore vraiment améliorée.

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